Axe 1 : Figurer : voix, textes, images

   

L’axe 1 rassemble des chercheurs en littérature française et des chercheurs en cinéma autour de démarches herméneutiques visant à décrire, analyser, interpréter l’expressivité formelle des voix, des textes et des images. Dans cette perspective, le terme « figurer » impliquera de mettre en forme, et par-là même peut-être de mettre en crise, tout modèle représenté.
 

a) Représentation de et par la voix


Il s’agira d’articuler dans ce sous-axe des recherches à la fois théoriques et pratiques portant sur l’histoire de la représentation de la voix d’une part, et des expériences de lecture à voix haute d’autre part. On travaillera sur les représentations de la voix dans les textes du Moyen Age au XVIIIe siècle. On étudiera notamment l’écriture au prisme de l’oralité, à la fois comme phénomène de mise en scène (les descriptions et les restitutions littéraires de la voix dans les textes classiques) et comme processus d’interprétation (la mise en voix de textes classiques du point de vue de la performance vocale).

Deux Journées d’étude organisées par Éléonore Andrieu, « Mises en voix, mises en ordres : une voix laïque au XIIe siècle ? » ont eu lieu les 6-7 février 2020 : elles ont permis d’observer comment les mises en scène écrites de la voix participent de l’identification des clerici et des laici, au moment où les langues romanes d’oc et d’oil passent au support écrit. La publication est prévue dans la revue Médiévales, n°81, 2021.

Un colloque « Présences de la voix » (4-6 novembre 2021), organisé par P. Chiron, P. Chométy, H. Cussac et A. Rees, articulera les approches littéraires et oratoires, scientifiques et médicales, mais aussi pratiques et théoriques de la voix dans les textes classiques et dans leurs représentations scéniques. Cette manifestation viendra prolonger le séminaire d’équipe « Présences de la voix dans la littérature » qui proposera dès janvier 2021 une séance mensuelle sur la voix, dans une perspective transséculaire et interdisciplinaire.
 

b) Portraits


Le genre du portrait reste un objet d’étude privilégié pour croiser les diverses modalités littéraires et artistiques de représentation de la personne humaine et pour en évaluer les enjeux aussi bien esthétiques que sociétaux : en lui peuvent se conjuguer une démarche herméneutique et une réflexion sur l’imaginaire fondateur d’une collectivité qui sont au cœur du projet scientifique d’ELH. Prolongeant des actions menées pendant le contrat précédent, deux séminaires ont eu lieu : le séminaire d’équipe « Des siècles de portraits littéraires » jusqu’en janvier 2021, et le séminaire intersites « Portraits de l’histoire au XIXe siècle » qui a réuni les spécialistes du XIXe siècle des universités de Montpellier, de Perpignan et de Toulouse jusqu’en 2022. Deux carnets de recherche ont été créés pour accompagner ces séminaires : https://portraitlit.hypotheses.org et https://porthist19.hypotheses.org. Ces séminaires ont été complétés par :

1. le colloque international « Le portrait peint au cinéma », 21-23 juin 2021, co-organisé par Fabienne Bercegol et Philippe Ragel à l’UT2J, en partenariat avec la Cinémathèque de Toulouse. Ce colloque s’est intéressé à la présence, à la fonction et à la puissance singulière du portrait peint dans l’image filmique, prenant pour point de départ la tension entre le fixe et l’animé produit par l’irruption figurative du tableau dans le continuum visuel et narratif.

2. une journée d'étude, interdisciplinaire (littérature, peinture, photographie, cinéma) et transpériode (de l'Antiquité à nos jours), "Les enjeux mémoriels du portrait", organisée par Fabienne Bercegol et Estelle Galbois le mercredi 13 octobre 2021 : Le portrait, polymorphe, répond à des demandes sociales et culturelles, et en tant que médium de la représentation, il fait partie du processus de communication. Si les intentions qui président à la confection d’une effigie sont plurielles, elles visent toutes à combattre la mort et l’oubli, en laissant une trace, pérenne, dans les mémoires. Cette journée a eu lieu à La Fabrique en présence du photographe Gilles Pandel, dont l'université Toulouse Jean Jaurès accueillait la rétrospective ("Ce que je vis", 1er septembre - 31 octobre 2021). Captation vidéo de la journée d'études  à consulter ici! Programme à télécharger

3. le colloque international « Observateurs et spectateurs dans l’art et la littérature de l’Antiquité au milieu du XVIIe siècle » (24-26 novembre 2021), co-organisé par Jean-Marc Luce (PLH-CRATA), Philippe Maupeu (PLH-ELH), Olivier Guerrier (Il Laboratorio, UT2J) et Jean Nayrolles (Framespa, UT2J). Ce colloque envisage dans une perspective longue, inter-artistique et intersémiotique, la construction de la visibilité de la figure dans et par le regard de l’observateur dans les arts figuratifs et la littérature.

4. un colloque international "Portraits en temps de crise", 16-17-18 mars 2022co-organisé par les animatrices du séminaire intersites en partenariat avec le musée Fabre de Montpellier. Ce colloque se propose d'examiner le nouveau régime d'exemplarité dévolu au portrait, son rôle dans le déchiffrement du sens de l'histoire ainsi que les émotions qu'il a reflétées au cours des différentes crises qui ont secoué le XIX° siècle. https://plh.univ-tlse2.fr/accueil-plh/manifestations-scientifiques/colloques/colloque-portraits-de-lhistoire-en-temps-de-crise-xixe-siecle

5. Prenant la suite de la Journée d’étude sur « Le paysage musical » (1er avril 2019), publiée dans le numéro 84 de la revue Littératures d'octobre 2021 (https://plh.univ-tlse2.fr/accueil-plh/publications/revues/parution-du-numero-84-de-la-revue-litteratures-le-paysage-musical-musique-et-litterature-dans-la-premiere-moitie-du-xixe-siecle), une manifestation scientifique sera organisée en 2023 à l’UT2J, co-organisée par Fabienne Bercegol et par Frédéric Sounac (LLA-CREATIS), sur le « portrait musical ». Nous nous demanderons comment la musique, qui n’a pas a priori de vocation mimétique, peut proposer une alternative au portrait littéraire.
 

c) Cinéma et transferts formels


Tandis que toute œuvre est de nature à stimuler l’activité figurative de l’imaginaire, on interrogera dans ce sous-axe sa mise en crise par l’activité figurale des images, soit la plasticité de la matière qui lui donne forme. L’organicité incoercible du vivant devient par exemple au cinéma une matrice formelle et, en cela, un enjeu de mise en scène. Un séminaire ALLPH@ "Formes et fonctions du végétal" dans les arts (2020-2022), en partenariat avec ERRAPHIS, le LARA et LLA, visera à repérer au sein de la vie végétale, des modèles d’organisation qui pourraient fonctionner comme des outils heuristiques et des opérateurs esthétiques permettant de penser et de décrire la vie des formes. À partir de ces transferts de méthodes et d’épistémès, il s’agira d’expérimenter la manière dont des objets d’étude récemment apparus en sciences humaines questionnent et remodèlent les processus de création et de pensée propres aux arts, tout comme ils permettent le renouvellement des études esthétiques s’intéressant à l’écologie des formes, dans les champs du théâtre, des arts visuels et du cinéma.
 

d) Bande-dessinée, roman graphique


Combinant les ressources expressives du texte et de l’image, des configurations plastiques et de la syntaxe narrative, la bande dessinée et le roman graphique sollicitent une démarche herméneutique renouvelée selon trois directions privilégiées. À travers les récits-en-images de soi, on interrogera les évolutions actuelles de la bande dessinée autobiographique, dans la plasticité de ses déterminations formelles (du carnet à la reconstruction rétrospective de l’identité narrative) comme dans la variété de ses thématiques (récits de filiations et d’exils, statut de la maladie dans l’écriture de soi, entre autres).
La rhétorique des émotions et la polarité de l’éthique et du pathique serviront d’entrée pour étudier le jeu dialectique entre cadre éthique et effusion pathique du dessin, à l’œuvre non seulement dans le récit d’inspiration autobiographique, mais tout aussi bien historiographique ou fictionnel (du Maus de Spiegelman au Blast de Larcenet).
On s’intéressera enfin aux registres et modalités de l’absurde : depuis Töpffer puis les primitifs burlesques américains (des limericks d’A.B. Frost à F.B. Opper), la bande dessinée a décidément à voir avec les expériences sur les limites du sens, que ce soit dans la ligne toute ‘lyncheenne’ et anxiogène d’un Charles Burns, que dans la veine burlesque d’un Fabcaro ou dans les constructions dédaléennes d’un Marc-Antoine Mathieu. Une journée d’études sur « Les déraisons graphiques de la bande dessinée » suivie d’un colloque est envisagée pour la deuxième partie du contrat.