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CRATA - Domaine I: Littérature - Axe 1: Des modèles à la thématique de la représentation

Le thème que nous avions choisi dans le domaine « Littérature » était celui des modèles et anti-modèles. On sait, en effet, qu’il n’existe pas de page vierge pour l’écrivain, ni de chant inédit pour l’aède, mais que la surface sur laquelle on écrit, l’air qu’on fait vibrer pour chanter sont déjà riches d’un immense héritage. Que ce soit dans les mythes et récits ou dans les modes d’écriture, il y a donc un énorme travail de déchiffrage à accomplir. Nous l’avons fait en dégageant les motifs, les dérivations d’un texte à l’autre, d’un personnage à l’autre, d’une épopée ancienne à une autre plus récente, du théâtre ou du roman vers d’autres genres littéraires. Par exemple, les Dionysiaques de Nonnos de Panopolis n’empruntent pas qu’à Homère, mais aussi au genre romanesque apparu à l’époque hellénistique, aux historiens, jusqu’à Hérodote. Dans ses commentaires, saint Jérôme emprunte jusqu’à des maximes théâtrales. Ces recherches ont fait l’objet d’un séminaire consacré, en 2009, aux modèles et anti-modèles. En effet, la relation entre un texte et un autre ne se limite pas aux emprunts et dérivations, mais peut aussi prendre le tour inverse et provoquer des processus de démarcation, quand il ne s’agit pas simplement d’inverser la polarité d’un personnage qui, de négatif, devint positif (ou inversement). La participation de chercheurs du CRATA aux colloques PLH « La Mythologie de l’Antiquité à la Modernité. Appropriation – Adaptation – Détournement » et « Figures du maître. De l’autorité à l’autonomie », s’intègre dans cette perspective.

Au milieu du quinquennal, nous avons souhaité ouvrir davantage le champ de nos recherches en replaçant le thème des modèles et anti-modèles dans celui des représentations, afin d’en comprendre mieux les enjeux dans un cadre conceptuel plus large. Les modèles et anti-modèles sont des représentations qui jouent un rôle actif dans le processus de création. Ils prennent place à l’intérieur de ce qu’on peut appeler des filtres cognitifs, ces images, ces idées, ces souvenirs qui s’intercalent entre le sujet qui perçoit et l’objet de sa perception. C’est encore un phénomène de ce type qui se produit lorsqu’un personnage tente de projeter, par une mise en scène que l’archéologie peut parfois repérer, une image mentale sur un paysage réel (par exemple : Hérode Atticus). L’être humain comme schème de la représentation humaine, et le phénomène posé lui-même comme un problème théologique, constituent un exemple typique de filtre cognitif, et ce fut le thème des XXXIIIe Rencontres de Patristique, organisées conjointement par le CRATA et l’Institut catholique de Toulouse (2012) : « L’homme, image de Dieu ? Regards sur l’anthropologie des Pères ».


Il nous a semblé que ces processus devaient être replacés dans le cadre plus large des systèmes de représentation antiques, permettant de mieux les appréhender. C’est ainsi que nous avons lancé de nombreuses recherches sur la perception dans l’Antiquité, grâce à l’organisation d’un cycle de séminaires et tables rondes sur le thème des cinq sens. La vision a ainsi fait l’objet d’un séminaire et d’une journée d’études. Les travaux des deux manifestations ont été réunis dans un volume publié dans la revue Pallas. Le séminaire 2014 était consacré à l’audition, tandis que les autres sens seront explorés peu à peu dans les années à venir. Ce que l’on perçoit est, naturellement, au cœur de la problématique, et tout d’abord les objets. Le séminaire de 2012 a ainsi été consacré à la thématique de l’objet dans la littérature (voir aussi en écho la journée d’études « L’objet dans la tombe », ci-dessous).


Nous avions placé initialement la question de l’histoire des idées, et notamment des idées philosophiques, dans un axe à part (voir ci-dessous). Toutefois, elle trouve désormais tout naturellement sa place dans l’Axe 1, tel qu’il a été redéfini. En effet, le problème de la représentation est dès l’origine une des thématiques clés de la philosophie antique. C’est un phénomène plus spécifique que nous avons abordé au travers d’un thème qui est à la fois une sensation, une perception et un problème philosophique : la douleur. La thématique du corps souffrant a été l’objet d’une journée d’études qui a abouti à une nouvelle publication dans Pallas, ainsi que d’une thèse soutenue en 2013.


Autre déclinaison possible du phénomène des représentations, enjeu stratégique aussi pour une équipe qui regroupe des historiens de l’art et des littéraires : la relation entre texte et image. Cette relation complexe, dans laquelle un médium peut devenir le filtre de l’autre, a aussi abouti à un colloque, dont les actes sont parus dans Pallas en 2013.


Puisqu’entre l’œil humain et la chose perçue, le cerveau joue un rôle si essentiel, il faut étudier comment l’homme construit ses modes de représentation. Un des thèmes de réflexion, en histoire de l’art, est le mode aspectif, par opposition au mode perspectif. Le concept de l’aspective (ou aspectivité), emprunté à l’égyptologie, définit un mode de représentation sans unité de point de vue, de temps ou d’espace. Ce thème se développe au CRATA grâce à l’intégration d’un égyptologue. Des articles qui lui ont déjà été consacrés ne sont que le socle d’une thèse en cours portant sur l’art grec archaïque. Les potentialités de ce concept, peu usuel chez les hellénistes pour l’analyse des représentations du temps et de l’espace dans la littérature, ont été explorées à propos de textes portant sur Delphes.


La question des représentations est aussi un thème pour l’historien. Les formes de représentation du pouvoir, notamment dans les portraits royaux hellénistiques, relèvent de l’histoire des représentations. L’autre bout de l’arc de la société, la pauvreté, n’est pas qu’un fait social, mais aussi un domaine de représentation, tandis que sa réalité se trouve aux limites de ce qui est perceptible pour le chercheur actuel. Une journée d’études consacrée au thème de la pauvreté a été organisée en 2011. Les actes sont parus chez Ausonius (La pauvreté en Grèce ancienne. Formes, représentations, enjeux).


Enfin, pour qui veut tenter de renouveler les approches sur la représentation, l’implication dans les travaux effectués sur un autre domaine chrono-culturel peut se révéler utile. C’est ainsi que le CRATA a contribué, en collaboration avec le laboratoire FRAMESPA (porteur du projet), à l’organisation du colloque : « Autour des figurations. Critiques d’art et artistes dans la France d’après-guerre. Débats esthétiques, enjeux politiques et sociaux ». Ce colloque a été réalisé au nom de PLH, avec une participation d’ELH et le soutien d’Olivier Guerrier en tant que membre de l’IUF.