"Les Enfances Chino" de Christian Prigent (P.O.L., 2013) : l'avant-garde romanesque aujourd'hui : 3e séance du Séminaire PLH-ELH/ Avatars de la «situation narrative» dans la littérature française et francophone des années 80 à nos jours

Publié le 8 décembre 2014 Mis à jour le 11 mars 2019
le 18 décembre 2014
17H15
Université Toulouse - Jean Jaurès
Maison de la Recherche D 29

Conférence de Laurent Fourcaut (U. Paris-Sorbonne) dans le cadre du séminaire animé par Sylvie Vignes, à 17H15

 Les Enfances Chino (P.O.L, 2013) est le dernier livre en date de Christian Prigent. Né en 1945, il demeure le représentant d’une intransigeante avant-garde littéraire. Auteur de romans, de poèmes et d’essais critiques, Prigent s’attache, livre après livre, à approcher tant bien que mal cet impossible : faire entrer quelque chose du Réel, au sens lacanien du non symbolisable, dans la littérature. Impossible, puisque la littérature, œuvre de langage, relève du Symbolique. En d’autres termes, il s’agit de rendre l’écriture perméable à son dehors même. Christian Prigent corrobore en cela la radicale définition de la littérature que Roland Barthes proposait dans ses Mythologies en 1957 : « La Littérature ne commence pourtant que devant l'innommable, face à la perception d'un ailleurs étranger au langage même qui le cherche. » (pp. 159-160). Poursuivant, après Une phrase pour ma mère (1996) et Grand-Mère Quéquette (2003), l’entreprise qui consiste à passer le matériau biographique au moulinet de cette paradoxale mais indispensable écriture du réel, l’écrivain invente, dans Les Enfances Chino, une sorte d’épopée inversée, picaresque, en ce que le « héros », « Chino le héros » (p. 15) - c’est lui-même, le petit Breton de Saint-Brieuc -, fait l’expérience multipliée du bas, de tous les bas, social compris, espace des « gueux ». Le monde qu’il voit, et qui s’écrit tel qu’il le voit, le perçoit, le sent, l’éprouve, est intensément et plastiquement matériel. Aussi l’écriture se fait-elle à son tour le plus matérielle possible, désarticulant sa syntaxe, malaxant ses signifiants, subordonnant son rythme à celui, respiratoire et palpitant, du corps.