Appel à communication : JE des doctorants CRATA / Erasme 2019

Publié le 23 janvier 2019 Mis à jour le 8 février 2019
du 23 janvier 2019 au 22 février 2019

Détours et retours : circulation des hommes, des idées et des techniques de l'Antiquité

Date limite d'envoi : 22/02/2019
Date de la JE : 22 mai 2019

Cette journée d’étude propose d’interroger les notions de « retours » et de « détours » dans l’Antiquité en s’appuyant sur la richesse et la diversité des approches des équipes PLHCRATA et PLH-ERASME. Elle s’adosse aux programmes de recherches de chacune de deux équipes déclinées à travers leurs axes respectifs « Représentations dans l’Antiquité » et « Patrimoine et sociétés » (PLH-CRATA), « Traditions et réceptions dans l’Antiquité » et « Penser les religions, représenter les dieux : modèles antiques, lectures modernes, entre polythéismes et monothéismes. » (PLH-ERASME) Cette manifestation a pour vocation de permettre aux doctorants et aux doctorantes – membres de PLH mais, également, membres de laboratoires et d’équipes de recherche travaillant dans les domaines de l’Antiquité et celui de sa réception – de présenter leurs travaux au miroir des problématiques soulevées par la thématique retenue.

L’Antiquité sera abordée au travers d’un large prisme disciplinaire (Archéologie, Histoire, Histoire de l’art, Littérature) et diachronique (de la période archaïque aux relectures et réutilisations modernes et contemporaines), afin d’offrir un champ de vision et d’investigation embrassant aussi bien l’étude de l’Antiquité que celle de sa réception. Le couple détours/retours pourra ainsi être envisagé selon toutes les possibilités qu’ouvre l’articulation entre ces deux termes, elle-même complétée et mise en perspective par le soustitre de la journée. Ainsi, les notions pourront être étudiées aussi bien conjointement que séparément. Plusieurs angles d’approche pourront donc venir nourrir la réflexion.

Dans le domaine de la littérature, tout d’abord, il est possible d’envisager le « retour » comme élément structurant d’un genre littéraire : celui des récits de nostoï dont Ulysse est le représentant le plus connu. Les errances qui accompagnent bien souvent ce nostos et semblent ne former que de simples péripéties peuvent également être la matière première de l’œuvre, complexifiant ainsi le processus d’intertextualité et de réécriture : il en va ainsi de l’Énéide de Virgile où le Troyen, dans ses vagabondages odysséens, n’accomplit pas un nostos au sens propre et où le poète latin n’accomplit pas une réécriture – un « retour » sur la matière homérique – en bonne  et due forme. Ces thèmes littéraires se sont, de l’Antiquité à nos jours, développés dans des genres différents : nous pensons bien sûr, en premier lieu, à l’épopée grecque ou romaine dont des œuvres comme l’Odyssée, l’Énéide mais également les Dionysiaques, écrites par Nonnos de Panopolis au Ve siècle apr. J.-C., constituent des exemples importants. Nous les retrouvons également dans les romans grecs qui, du Ier au IIIe siècle de notre ère, entremêlent littérature de voyages, récits de pirateries et découvertes géographiques récentes. Enfin, nous retrouvons le thème du retour dans l’expression de la nostalgie et d’un retour désiré, espéré ou impossible : si l’élégie semble, certes, toute désignée pour mettre en vers ce sentiment, ce dernier traverse nombre de textes de genres très divers. Ainsi, alors que le long poème des Tristes d’Ovide, mort en exil il y a exactement 2 000 ans, est entièrement axé autour de la déploration de la patrie, les Lettres de Cicéron le disséminent tout au long de la correspondance de l’homme politique : le retour en politique y est aussi central que son retour physique à Rome, et les stratégies de contournement que l’homme politique doit mettre en place dans les réseaux d’influence républicains sous-tendent une très large partie de son œuvre épistolaire. Ainsi, détours et retours se voient offrir un cadre autre et une visée toute différente que celles incluses dans le seul champ exclusif du littéraire.

La question évoquée plus haut de l’intertextualité et de la réécriture, revenant au modèle pour, bien souvent, le détourner peut également s’envisager en histoire de l’art, à travers les problématiques de la réutilisation, de la réappropriation et de la réinvention du modèle, pictural, sculptural ou architectural, entre autres. Ainsi, dans les territoires sous domination romaine comme dans les contrées influencées par l’art grec, nous assistons à des échanges, des circulations, des influences mutuelles en termes de motifs, de techniques ou de sujets. Ce phénomène d’interactions culturelles s’inscrit pleinement dans les problématiques que nous souhaitons aborder au cours de cette journée d’études. Comme corollaire, nous pouvons, par exemple, nous poser la question de la réappropriation dans les provinces du modèle impérial : comment la représentation artistique de celui-ci dans les provinces romaines s’adapte-t-elle à l’art de ces territoires, parfois marginaux, afin d’appuyer la démarche politique et idéologique de cette installation de l’image de l’empereur ? La notion d’interactions culturelles et artistiques appelle naturellement celle des interactions religieuses et cultuelles, phénomène largement développé et visible – tant dans la statuaire que dans l’architecture – dans l’Antiquité méditerranéenne et orientale. Nous voyons donc que les notions de détours et de retours s’envisagent dans le champ des représentations artistiques : ainsi, la représentation du voyage, de l’errance, voire de l’étranger et des marges s’insère pleinement dans ces thématiques.
 
Par ailleurs, l’étude des scholies et marginalia pourra fournir un angle d’approche intéressant aux réflexions de la journée, en ce que ces notes marginales opèrent un retour explicatif sur le texte source ; retour explicatif souvent doublé d’un retour temporel puisque les annotations – du copiste ou du possesseur du texte – s’inscrivent dans une époque et un contexte socio-culturel postérieurs et différents. L’œuvre source et les marginalia s’éclairent, se complètent, s’expliquent et s’interrogent mutuellement. Toujours dans le domaine de la littérature, la rhétorique présente un cadre d’étude prolifique pour s’interroger sur les concepts de détours oratoires. L’orateur doit, en effet, passer par plusieurs stratégies et biais discursifs pour faire accepter son propos. Au nombre de ces stratégies, citons, par exemple, le recours à la mémoire comme « retour » sur une idéologie civique permettant l’adhésion d’une communauté constituée autour des valeurs communes et acceptées. Ce passé de la communauté est bien souvent idéalisé et modelé pour convenir aux besoins hic et nunc de la harangue ou du plaidoyer, servant donc un retour qui n’en est pas tout à fait un, en ce qu’il est sans cesse actualisé par la situation d’énonciation. Nous pouvons tout aussi bien compter la polyphonie ou l’insertion de voix tierces (y compris celle du texte de loi) au nombre de ces détours rhétoriques en ce qu’elles tentent d’offrir une couleur d’objectivité formelle dans ces discours forcément subjectifs et orientés par l’énonciateur. Ce questionnement sur les détours rhétoriques, l’usage des modèles et de la mémoire collective amène, naturellement, une double perspective. L’une a pour horizon l’étude de l’Antiquité en soi, l’autre envisage cette étude dans la diachronie.

La réception de l’Antiquité fournit ici des pistes fécondes de réflexion et de discussion. En effet, dans l’histoire récente et contemporaine (jusqu’au discours d’Emmanuel Macron, sur la Pnyx, dos au Parthénon ou de Jean-Luc Mélenchon s’autoproclamant « tribun » et actualisant, à Marseille, l’apologue des membres et de l’estomac attribué par Tite-Live à Ménénius Agrippa), le passé, idéal ou historique, le modèle, littéraire ou politique est l’objet d’un éternel retour ou, pourrions-nous dire, d’un éternel détournement. Mais l’utilisation du modèle antique ne s’arrête pas au champ du politique et, concomitamment, du discursif. Ainsi, il infiltre, depuis les années 50 mais avec davantage de force ces dernières années, le monde du cinéma – avec, entre autres, le péplum –, celui de la série télévisée, de la bande-dessinée ou encore des jeux vidéos (Assassin’s Creed Odyssey, par exemple), etc. Cette réutilisation artistique est souvent l’occasion d’inscrire des problématiques contemporaines et de réinventer le message originel ou encore de poser la question de la fidélité à la tradition. Quelles problématiques soulèvent alors la représentation d’un Achille noir dans la série Troie ou le film 300 – relatant la bataille des Thermopyles – analysé sous l’angle de l’opposition Amérique blanche contre Orient décadent et expansionniste ? Ce retour à l’antique ne date pas d’hier et se situe dans une longue chaîne séculaire, depuis la Renaissance en passant par l’architecture nazie et communiste dont l’étude aura toute sa place dans les communications de la journée.
 
Dans le domaine de l’archéologie, là encore, les champs d’investigation sont nombreux : les circulations de techniques, d’habitats, de modèles architecturaux et d’objets pourront être interrogées à la lumière des traces de passage de populations ou d’individus sur un territoire ; qu’il s’agisse d’une retraite militaire, d’un exil, d’une expédition de fondation de colonie, etc. Citons, par exemple, le périple de l’empereur Elagabal se rendant à Rome pour y être sacré que nous pouvons reconstituer et resituer à partir des monnaies frappées dans les villes qui l’accueillirent lui et son cortège. Par ailleurs, si les objets et les bâtiments de certains territoires portent les marques d’échanges culturels, qu’en est-il des individus qui, lors de leur retour dans leur patrie, nourrissent leur réflexion, leur art, leur coutumes de ceux des pays qu’ils ont traversés ?
 
Les propositions reçues seront étudiées dans leur rapport avec les axes développés. Toutefois, toute proposition ne s’insérant pas directement et explicitement dans les grandes lignes de cet argumentaire sera bien sûr considérée avec attention.
 
Les propositions de communication (titre et résumé de 300 mots, accompagnés du sujet de votre recherche, brièvement exposé) devront être transmises pour le 22 février adressées à Stéphane Lamouille et Théo Millat-Carus à l’adresse électronique crata.erasme.jedoct@gmail.com. Les auteurs et les autrices seront informés des choix effectués le 1er mars. La journée d’études se tiendra le 22 mai à la Maison de la Recherche de l’Université Toulouse – Jean Jaurès. Les communications ne devront pas excéder 20 minutes et ne feront pas l’objet d’une publication.