Journée d'études "Mises en voix, mises en ordre : une voix laïque au XIIe siècle?"

Publié le 11 décembre 2019 Mis à jour le 11 décembre 2019
du 6 février 2020 au 7 février 2020
6 février 2020 après-midi (14h-18h30)
7 février 2020 (9h39-16h)
Université Toulouse Jean Jaurès
MDR, salle E 411

Sous la direction d' Eléonore Andrieu

La voix entendue comme composante sonore de la parole (terme qui, en français médiéval, ne distingue pas l’oral de l’écrit) fait partie des motifs partagés par les discours écrits des XIe et XIIe siècles, mais aussi par les discours figurés aux murs des églises.

Or elle y est mobilisée dans les représentations et la mise en œuvre de la distinction clerc/laïc redéfinie par les discours ecclésiastiques de la période : "Je n’ai aucun pouvoir, car je suis un laïc et je ne suis pas expert en paroles" [Ego obsistendi nullam potestatem habeo, quod laicus sum et imperitus sermone] dit la Vita de Geoffroy du Chalard, vers 1125.

De même, l’affairement qui marque la reconstruction de la memoria (des terres, des pouvoirs) dans les centres monastiques ou canoniaux conduit à mettre en scène une voix laïque écrite : au premier chef celle du grand laïc donateur et prêteur de serments dont le ego dono est soigneusement démultiplié dans l’écriture des cartulaires. Face aux discours ecclésiastiques, apparaît à la même période un autre discours : celui des premiers textes écrits de langue non latine. On y trouve aussi, largement exploité, le motif de la voix, pareillement entrelacé à des taxinomies sociales : clercs et chevaliers,
princes et vassaux.

Le motif de la voix, forme et sens, offre donc un socle de confrontation entre les discours et les pratiques d’écriture. Il s’agira de mesurer à travers divers corpus latins et romans comment et dans quelle mesure la mise en scène écrite de la voix participe aux configurations de la distinction clerc/laïc : quelles voix écrites pour le laicus et le clerus ? Peut-on dégager des formalisations laïques de représentations de la voix face à des formalisations de type plutôt ecclésiastique ? Peut-on amorcer, à partir des représentations de la voix, une réflexion sur l’identité et le site de production de certains des énoncés romans ? Leur anonymat absolu et l’opacité de leurs origines manuscrites nous contraignent en effet à regarder de près le discours qui est y tenu sur le monde, et donc sur la voix, si nous voulons connaître leur projet et leur place dans l’ensemble des discours en présence.

Programme


Jeudi 6 février

  • 14h : accueil
  • 14h10 : "Guillaume/ Guilhem d’Orange et de Gellone : voix, écritures, textes, documents" (Éléonore Andrieu, Université Toulouse - Jean Jaurès/ Pierre Chastang, Université de Versailles-Saint-Quentin)
  • 15h15 : "La voix des vassaux au XIIe siècle" (Hélène Débax, Université Toulouse - Jean Jaurès)
  • 16h : pause
  • 16h15 : "La voix dans les écrits de femmes, Angleterre, XIIe siècle" (Laurence Moulinier, Université Lumière-Lyon II)
  • 17h05 : "Entre les dieux, l’empereur et les hommes. Les paroles d’engagement des grands laïcs dans la Venjance Nostre Seigneur (fin XIIe-début XIIIe siècle)" (Sophie Albert,Université Paris-Sorbonne)
  • 17h55 : discussions
  • 18h30 : fin de la journée

Vendredi 7 février
  • 9h30 : "Fausse loi, vraie foi. Les mutations de la religiosité médiévale dans la Chanson de Roland" (Christophe Grellard, École Pratique des Hautes Études-PSL)
  • 10h20 : "Par le cuer bieu et autres jurons : comment entendre le blasphème dans le Roman de Renart ?" (Valentine Eugène, Université Paris-Sorbonne)
  • 11h05 : pause
  • 11h20 : "L’agentivité discursive des conseilleurs du seigneur dans quelques romans d’antiquité" (Corinne Denoyelle,Université Grenoble-Alpes)
  • 12h05 : déjeuner
  • 14h : discussions (2) et conclusions collectives : confrontation des discours autour du motif de la voix
  • 16h : fin de la journée