Appel à communications : JE ELH-Erasme, "Le désir de métamorphose"

Publié le 3 décembre 2019 Mis à jour le 3 décembre 2019
le 22 octobre 2020 Université Toulouse Jean Jaurès
Nouvelle MDR, salle F417

Cristina Noacco et Corinne Bonnet dir
Date-limite d'envoi des propositions : 21 mars 2020

Le désir de métamorphose


Depuis l’Antiquité et jusqu’à l’époque contemporaine, l’homme s’est toujours interrogé sur les limites de sa nature et sur la possibilité de les repousser. À travers les langages les plus différents (philosophique, religieux, médical, littéraire, musical, scientifique, historiographique…), il a tenté de représenter ou de s’attribuer le pouvoir de métamorphose sur la nature, sur autrui et sur lui-même. La supposition d’un état originaire de l’homme comprenant toute les formes de l’Être, le pouvoir de transformation qu’il a reconnu aux dieux gréco-romains, les nouvelles formes de vie après la mort dans lesquelles il a cru, la pierre philosophale qu’il a tenté de produire, ainsi que les transformations du corps qu’il a produites par des opérations chirurgicales et celles des corps sociaux également produites par les passions humaines n’en sont que quelques exemples, rattachés respectivement aux domaines de la philosophie, de la mythologie, de la religion, de l’alchimie, de la chirurgie et de l’histoire sociale.

Les tentatives par l’homme d’augmenter son emprise sur la matière n’ont donc pas été seulement de l’ordre de la représentation (mentale, littéraire, iconographique ou musicale) : à travers ses connaissances et ses techniques (pré)scientifiques, il a apporté des modifications concrètes sur la forme de la nature et sur les caractéristiques de la matière (de même que le forgeron, en chauffant le fer, en modifie la qualité de la dureté, avant même de lui attribuer une forme nouvelle). L’aventure scientifique de l’homme pour la conquête du pouvoir de métamorphose va donc de pair avec le rêve de s’élever en tant que démiurge maîtrisant la matière et ses lois naturelles.

Faire tomber les barrières entre le Moi, autrui et la nature, briser les règles de rattachement des êtres à leur espèce et à leur règne naturel, pouvoir collaborer avec Dieu, voire se substituer à lui, dans la re-création du monde et dans son amendement : telle est la nature du désir de métamorphose que cette enquête se propose d’analyser, à travers des études qui, par des approches et dans des domaines différents, tiennent compte des limites de la nature humaine et du constat regretté de sa finitude.

La métamorphose, telle qu’elle sera considérée dans cette enquête, désigne le passage, durable ou transitoire, d’une forme à une autre, d’un corps à un autre, soit qu’il représente un changement de l’apparence extérieure, soit qu’il rende visible les caractères de l’essence propre au corps. Autrement dit, il peut y avoir une métamorphose accidentelle, des apparences, et une métamorphose ontologique, de l’être.

Les contributions de cette journée d’études tenteront de réfléchir aux différentes formes et techniques de représentation et de production de la métamorphose, de l’Antiquité à nos jours, non seulement à travers une approche scientifique, historique et anthropologique, mais également à travers l’interprétation de la représentation littéraire, symbolique et artistique qui en a été donnée au fil des siècles. Les études théoriques se conjugueront avec les contributions plus spécifiques consacrées aux images que la philosophie, la religion, l’histoire, la littérature, le folklore, les arts figuratifs et la musique ont proposées afin d’illustrer la métamorphose. La réflexion pourra également porter sur la terminologie utilisée pour définir la métamorphose et pour la distinguer de ses concepts avoisinants (anamorphose, catabase, travestissement, variation, mutation…).

Ce projet s’inscrit dans le prolongement d’une enquête menée par Véronique ADAM et Cristina NOACCO sur La métamorphose et ses métamorphoses dans les littératures européennes. Histoire d’un décentrement (colloque dont les actes ont paru aux Presses du Centre universitaire Champollion, Albi, 2010). L’appel à communication est ouvert aux membres des trois composantes du laboratoire PLH (Patrimoine, Littérature, Histoire) de l’Université de Toulouse 2 Jean-Jaurès, ainsi qu’aux enseignants-chercheurs des autres composantes de l’UT2J et d’autres universités. Un prolongement de cette journée d’études sera envisagé en 2022 ou en 2023 par l’organisation d’un colloque. Les actes des deux manifestations seront alors réunis dans une seule publication.