Du Jésus des Écritures au Christ des théologiens
Les Pères de l’Église lecteurs de la vie de Jésus

Publié le 10 décembre 2019 Mis à jour le 17 avril 2019
du 10 juin 2020 au 12 juin 2020 Maison de la Recherche - Amphi F 417
Bible Souvigny
Bible Souvigny

Organisateurs :
Régis Courtray, Université Toulouse 2-Jean Jaurès
Camille Gerzaguet, Université Montpellier 3-Paul Valéry
Jérôme Lagouanère, Université Montpellier 3-Paul Valéry
Régis Burnet, Université de Louvain

Pour parler de la foi chrétienne, les Pères ont volontiers recouru à des exposés concrets, s’appuyant sur la Bible et . Ainsi, à propos de Marie, Ambroise de Milan écrivait que sa vie est « comme la virginité décrite en image », car du modèle, « comme dans un miroir, resplendit l’éclat de la chasteté et la figure de la vertu » (De uirginibus 2, 2, 6). De fait, on ne peut qu’être frappé par la grande familiarité des Pères avec les personnages bibliques. Dans leurs œuvres, lLoin d’appartenir à un passé révolu, ces figures restent pour eux parfaitement vivantes, et leur offrent une réflexion non seulementun lieu de réflexion à la fois sur la vie chrétienne mais et sur les mystères divins. Or, si modèle biblique il y a,De tous ces modèles bibliques, Jésus en est sans conteste le paradigme. Les Pères de l’Église se sont ainsi attachés à expliquer les épisodes de sa vie pour en dégager des enseignements spirituels, moraux ou doctrinaux, soulevant de la sorte aussi bien des questions d’exégèse que de théologie.
Alors que les évangiles restent notre principale source de renseignements historiques sur Jésus, la grande question qui s’est posée à la communauté chrétienne, dès le Nouveau Testament, fut de démontrer que le Jésus de Nazareth de la Bible est bien le « Christ » (le Messie attendu par le peuple juif). Et ils firent davantage : et le reprenant le vieux titre messianique de « Fils de Dieu », ils s’attachèrent à le prendre au pied de la lettre pour comprendre leur fondateur comme le propre fils de la divinité, et donc Dieu lui-même. Cette question gestation s’est posée déroulée de manière complexe et souvent violente au cours des premiers siècles du christianisme : face notamment aux hérésiesà ceux qui s’interrogeaient sur l’humanité, la divinité et la cohabitation de deux natures humaine et divine en Jésus (docétisme, arianisme, nestorianisme, monophysisme…), les premiers écrivains chrétiens – les Pères de l’Église – ont relu et analysé les textes bibliques, élaborant des réponses théologiques qui furent par la suite présentées comme des « dogmes ».
Si l’histoire des de l’élaboration de ces dogmes est bien connue et a été maintes fois analysée, le passage des données biographiques sur Jésus à l’élaboration théologique du concept de « Christ » à partir d’une analyse exégétique du personnage de Jésus dans lesde l’Écritures mérite d’être approfondie. Il s’agira dans ce colloque d’étudier les pratiques discursives et exégétiques qui permirent aux premiers écrivains chrétiens de penser les points essentiels de la christologie à travers une lecture précise et attentive de la vie de Jésus. Cela n’empêchera pas de confronter les arguments textuels divergents, de parler des hérésies et des luttes entre chrétiens orthodoxes, chrétiens hérétiques, païens, juifs voire musulmans, mais Ici, c’est bien l’exégèse qui est mise au premier plan, comme source de tout argument théologique. C’est ce que résume la célèbre formule de saint Jérôme dans le Prologue de son Commentaire sur Isaïe : « Ignorer les Écritures, c’est ignorer le Christ. »
Partant donc de la lecture que les Pères ont faite de la figure de Jésus (à partir des évangiles canoniques, apocryphes…), le colloque s’interrogera sur l’élaboration progressive, parfois polémique, des différents éléments constitutifs du personnage théologique du Christ. Par exemple, comment a-t-on recouru à l’argument biblique pour démontrer non seulement que Jésus est bien né d’une Vierge, mais que celle-ci le resta après sa naissance (c’est la question si controversée des « frères » de Jésus) ? Bien d’autres aspects de la vie de Jésus participent à cette construction du Christ ; on peut ainsi citer tout ce qui concerne la nature de Jésus, son rôle dans la Création selon le prologue de l’évangile de Jean, son incarnation, ses miracles et guérisons, le déroulement de sa vie « conformément aux Écritures », sa Passion et sa mort sur la croix « sous Ponce Pilate », sa descente aux enfers, sa résurrection, son Ascension, sa venue à la fin des temps pour le jugement dernier… Ces recherches sur l’exégèse des Pères n’excluent évidemment pas les interprétations hétérodoxes (Porphyre, les manichéens…), qui, elles aussi, ont construit leur conception du Christ en se fondant sur les textes bibliques. Autant d’épisodes ou de croyances que les Pères ont abordés par l’exégèse. La question se pose encore au niveau de peut encore se traiter par l’iconographie paléochrétienne  : comment la lecture et la méditation de l’Écriture ont-elles progressivement mis en place un « type » du Christ aux traits plus symboliques qu’historiques ?été mises en image pour construire un « type » qui mêle traits historiques et lecture symbolique ?
Ces réflexions concernent tant les historiens des religions que les théologiens, sans oublier les exégètes et tous ceux qui s’intéressent à la réception et à l’élaboration littéraire des personnages bibliques. Loin d’être tournées vers un lointain passé, les réflexions des Pères de l’Église continuent d’être actuelles : il en suffit pour preuve comme l’illustrent les nombreux ouvrages, d’historiens, de philosophes, de théologiens ou d’historiens de l’art qui paraissent régulièrement sur Jésus, revenant toujours aux questions qui avaient été soulevées dès les premiers siècles par les Pères. Le colloque pourra s’élargir à cette actualité de la recherche.
Contact :
Régis Courtray