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La notion d'herméneutique qui fédère l'équipe permet d'établir un lien transversal entre ses diverses composantes, puisque cette équipe a ceci de particulier qu'elle regroupe depuis sa création en 1999 des médiévistes et des spécialistes de la littérature française des XIXe et XXe siècles. La transversalité que la notion d'herméneutique implique s'entend à double titre.
Elle est d'abord diachronique. Elle se repère de Platon (République) et Demetrios (Peri Hermeneias) jusqu'aux formalisations philosophiques et critiques du XXe siècle (Gadamer, Habermas, Ricœur, Spitzer, Jauss, Eco, etc.). Cela ne va pas, bien entendu, sans une multiplicité de caractérisations conceptuelles, méthodologiques et pragmatiques qui font que l'herméneutique n'est en rien réductible à sa définition canonique (méthode de déchiffrement du sens des textes), mais qu'elle s'entend historiquement selon de nombreuses configurations problématiques et formelles, où l'on peut lire l'insistance d'un questionnement majeur : comment le langage et les textes se constituent-ils à la fois comme dispositif de production de sens et comme visée de vérité, c'est-à-dire comme relation au monde et à l'être, relation de l'expérience du monde et de l'être ?
Cette transversalité historique se combine, en synchronie, à une transversalité méthodologique qui tient justement à ce que l'herméneutique, touchant à la globalité du sens et de l'expérience telle que le langage peut en rendre compte, ne saurait se limiter à un unique champ d'application. Cette postulation d'un sens total, seule susceptible de rendre compte de la complexité de l'expérience humaine, est redevable de l'espace critique défini au début du XIXe siècle par les herméneutiques modernes (Ast, Schleiermacher, etc.), lesquels ont renoué avec l'exigence d'universalité des pratiques antiques et médiévales : celle d'une corrélation fondatrice entre sens et vérité. Une telle universalité passe, de nos jours, par un primat du sujet individuel : celui-ci s'est substitué aussi bien à la légitimité théologique de l'herméneutique médiévale reposant sur la révélation d'un sens divin qu'à la compartimentation disciplinaire de l'herméneutique classique, qui a séparé ses objets selon des visées empiriques - littéraires, théologiques ou juridiques.
Il y a, dans cette perspective, un fondement humaniste de l'herméneutique moderne qui est celui d'une continuité supposée - mais problématique - entre le sujet, le langage et le sens, triangle où se trouve postulée la possibilité d'un accès à une vérité de l'expérience. Si, en effet, l'herméneutique actuelle doit prendre acte du retrait d'un principe divin propre à fonder le déchiffrement des textes (quoiqu'au XXe siècle, Bloy et Claudel, entre autres, aient maintenu la pertinence d'un tel fondement), le rapport entre sens et vérité, tels que peuvent le livrer les textes littéraires, passe non plus par une garantie transcendante des signes, mais par l'étude des implications pragmatiques où ces signes sont engagés : codes sociaux et idéologiques, valeurs et discours dominants, représentations, etc. On conçoit, dans cette optique, l'importance des théories de la réception, qui entendent rendre compte de cette dimension, dans le champ de la critique littéraire et selon les paramètres d'historicité qu'elle implique.
Trois chantiers s'ouvrent ainsi à la recherche et définissent l'espace où s'inscrivent les axes et les projets de recherche de l'Équipe « Littérature et Herméneutique » :
1) la question des modèles interprétatifs et des conflits d'interprétation ;
2) la question du sujet, du sens et de la pertinence interprétative, dans la lecture des textes littéraires ;
3) la question de l'histoire des formes, des figures et de genres constituant la littérature en dispositif herméneutique.