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Littérature et science : archéologie d'un litige (XVIe-XVIIIe s.), nouveau numéro de Littératures classiques

le 21 janvier 2015

sous la direction de Philippe Chométy et Jérôme Lamy, n° 85 - 2014

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 Il existe depuis une trentaine d’années un mouvement de redécouverte de l’histoire des relations entre littérature et science. Mais si les travaux les plus récents qui ont accompagné la recherche sur cette question ont montré qu’à l’époque moderne la littérature et les sciences sont dans un rapport de contiguïté voire d’adéquation à l’intérieur du domaine des belles-lettres, parvenant à contrecarrer le préjugé – dominant dans la conscience contemporaine – d’une séparation ou d’une dualité naturelle des « deux cultures », notre connaissance des relations entre littérature et science est encore largement intuitive, parce qu’issue pour une bonne part d’études générales sur les rapports de la littérature au savoir et à la vérité.
Ainsi, lorsqu’il s’agit de définir précisément la nature du « et », nous sommes embarrassés. Qu’entend-on par le vocabulaire de l’influence, du lien, de l’affinité, de l’interférence, de l’inscription, etc. ? Que dénotent les images du « lieu de passage », de la « maison commune », de « la passerelle », etc. qui alimentent abondamment le discours critique ? Le schéma constitutif du « et » est-il une construction anhistorique, ou bien faut-il chercher dans l’époque moderne un moment spécifique des relations entre littérature et science ?
Cette relation que l’on peine à qualifier entre littérature et science n’est jamais univoque ou monolithique. De plus, en mobilisant ces deux catégories massives que sont la science et la littérature (le singulier employé pour ces deux termes renvoie à des généralités plurielles) le risque est grand d’essentialiser des pratiques et des discours, ou de penser à partir d’un anachronisme manifeste. Tout semble opposer aujourd’hui littérature et science (y compris les tentatives de rapprochement revendiquées), mais on peut penser que cet écart n’a pas toujours été et qu’il reste à proposer un tableau des conditions, des facteurs et des débats qui ont construit cette séparation.
À l’initiative de deux chercheurs impliqués dans les questions de pluridisciplinarité, l’un en socio-histoire des sciences (Jérôme Lamy) et l’autre dans le domaine de la poésie scientifique (Philippe Chométy), cette nouvelle livraison de la revue de Littératures classiques (n° 85) envisage de contribuer à l’effort de théoriser les relations exactes entre littérature et science. En effet, le « et » fonctionne encore aujourd’hui comme un obstacle épistémologique à la compréhension de textes hybrides au statut mal identifié, ni vraiment « scientifiques », ni vraiment « littéraires ». En proposant de nuancer tout à la fois les termes du syntagme « littérature et science », de questionner la pluralité des sens, de cerner le « et » non comme un « contre », mais comme un « autre » venant diversifier le champ des pratiques intellectuelles, ce numéro se propose de prolonger les recherches entreprises sur les liens et les recoupements entre deux champs disciplinaires, voire entre deux activités cognitives, en cours de différenciation et d’autonomisation à l’époque moderne.
Outre l’étude des textes qui intéressent directement la question, ce numéro se propose aussi de circonscrire un « corpus conceptuel », c'est-à-dire de faire une synthèse des notions, des catégories et des dispositifs théoriques qui permettent de penser la relation entre littérature et science. À partir des contributions réunies, qu’elles viennent de la théorie littéraire, de l’histoire littéraire, de l’épistémologie ou de la sociologie des pratiques, ce numéro devrait contribuer à former, par la diversité des points de vue, un état des lieux des interrogations dont procède le travail actuel des chercheurs sur les rapports de la littérature et des sciences.
On peut se procurer l'ouvrage: ici
Sommaire
Philippe Chométy et Jérôme Lamy
Introduction, Littérature et science : archéologie d'un litige (XVIe-XVIIIe siècles)
Frédérique Aït-Touati
Littérature et science : faire histoire commune
LA CITÉ DES SAVANTS
Nicolas Correard
La poésie contre les sciences : le scepticisme comme exercice spirituel dans la poésie calviniste française et anglaise
Andreas Gipper
Cyrano de Bergerac, l’imagination et la visibilité du monde
Richard Goodkin
Pascal et le calcul des partis : unité de temps scientifique, mathématique, littéraire
Mickaël Popelard
Science et hommes de science dans le théâtre de Shakespeare
Florent Libral
Mages, géomètres et orateurs. L’optique des religieux au XVIIe siècle
Dinah Ribard
La science comme littérature à l’époque moderne
EXERCICES D’ÉCRITURE
Magali Brunel
« Sans la science, la vie est presque une image de la mort » : la place du discours scientifique dans l’esthétique verbale de Molière
Joël Castonguay-Bélanger
À l’ombre de Fontenelle. Dissémination du discours scientifique par la fiction au XVIIIe siècle
Fabrice Chassot
Littérature et socialisation des sciences dans le dialogue scientifique
Alexandre Wenger
Déplacer les savoirs. Discours savant et fiction romanesque chez Sade et Diderot
Gilles Chabaud
Littérature savante et assignation culturelle : le Dictionnaire encyclopédique des amusemens des sciences mathématiques et physiques
Alain Guyot
Quand science et littérature se croisent dans les Alpes au tournant des Lumières : Saussure et Bourrit
AGENTS DOUBLES
Violaine Giacomotto-Charra
Le poète aimé des savants : la réception scientifique de Du Bartas entre 1580 et 1630
Véronique Adam
Béroalde de Verville et le transfert des savoirs
Frédéric Tinguely
Le navire immobile : mobilité d’un topos scientifique de Copernic à Casanova
Anne Vila
De la pathologie à l’extase poétique : la catalepsie entre médecine et littérature au XVIIIe siècle
Anne-Lise Rey
La littérarisation de la science newtonienne au XVIIIe siècle : une littérature pour les dames ?
Didier Foucault
Vibrations du clavecin de Diderot, des Lumières vers le marxisme et le surréalisme