Appel à communication: "Déchéance et réhabilitation des objets, des espaces, des personnes dans l’Antiquité gréco-romaine. Autour des notions de déclassement et de reclassement"

Publié le 4 juillet 2018 Mis à jour le 4 juillet 2018
du 11 avril 2019 au 12 avril 2019

Les propositions de communication d’une demi-page environ sont à envoyer, accompagnées d’une brève bibliographie avant le 15 octobre 2018 à l’adresse suivante : colloque.decheance.toulouse.2019@gmail.com

Présentation

Les pratiques de classement et de taxinomie dans l’Antiquité gréco-romaine ont été bien étudiées. En revanche, les processus de déchéance, déclassement et de réhabilitation ou reclassement associés, ont moins retenu l’attention des Antiquisants, à l’exception peut-être de la damnatio memoriae (e.g. Varner, E. R., Mutilation and transformation. Damnatio memoria and Roman imperial portraiture, Leiden, 2004 ou Krüpe, F., Die Damnatio Memoriae. Über die Vernichtung von Erinnerung. Eine Fallstudie zu Publius Septimus Geta (189-211 n. Chr.), Gutenberg, 2011), notion déjà décrite par les Anciens. Il ne s’agit pas, au cours de cette manifestation scientifique, d’analyser les processus classificatoires, ni les groupes qui en découlent en tant que tels, – elles ont notamment fait l’objet de deux contributions dans le récent volume, Classement, déclassement, Reclassement, Gilles Chabaud (éd.), Limoges 2011– mais plutôt d’aborder, dans une approche inversée, ce qui motive les Anciens à rejeter ou mettre à l’écart d’un regroupement préalable, en d’autres mots à déchoir un objet, une personne, un espace, une pratique, d’une position préalablement bien établie et reconnue de tous. Les modalités de déchéance, les circonstances et le cadre d’une réhabilitation (quand elle existe) seront particulièrement au centre de l’analyse. On s’attachera aussi à insister sur l’inscription de ces processus dans l’espace et le temps.

Cette manifestation scientifique s’inscrit dans la continuité des recherches menées préalablement par l’équipe PLH-CRATA, respectivement sur « la pauvreté en Grèce ancienne » (Scripta Antiqua, Ausonius éd., 2014), et « Maigreur et minceur dans les sociétés anciennes. Grèce, Orient, Rome » (Scripta Antiqua, Ausonius éd. à paraître) ; elle a pour objectif d’explorer « la fabrique des marges » dans les sociétés anciennes, dans une volonté de dépasser l’histoire des élites, thème dominant de l’historiographie des trente dernières années.

Argumentaire

Si la notion de déclassement dans un contexte de récession sociale est au cœur des préoccupations de la société française actuelle (voir par exemple l’ouvrage d’Éric Maurin, La peur du déclassement. Une sociologie des récessions, La République des idées, Seuil, 2009), qu’en était-il dans l’Antiquité de la réalité d’une déchéance sociale ou économique ? Alcibiade, neveu de Périclès et figure marquante de l’Athènes de la seconde moitié du Vème s. av. J.-C., reste l’exemple même de l’homme politique déchu et, tout aussi rapidement, réhabilité.

Une première approche du sujet permet d’envisager la question en termes d’histoire politique et sociale (axe 1). Existait-il dans l’Antiquité grecque, et peut-être plus clairement dans le monde romain où les statuts sont mieux définis, des formes de « disqualification sociale », pour reprendre le vocabulaire sociologique actuel (voir notamment S. Paugam, La disqualification sociale. Essai sur la nouvelle pauvreté, PUF, [1991] 2011) ? Quels exemples précis avons-nous en Grèce, à Rome, de la perte de statut, perte de citoyenneté, bref d’une forme de déchéance sociale ? Dans quels contextes et selon quels mécanismes ? S’accompagne-t-elle de possibilités ou d’exemples de réhabilitation et selon quelles modalités ? On connaît évidemment la déchéance sociale qui suit la défaite d’une cité et la réduction en esclavage de ses membres. Dans quel cadre assiste-t-on à de véritables réhabilitations, pour les individus comme pour les cités, certaines connaissant notamment un véritable déclassement sous l’empire romain ? À l’époque archaïque en Grèce, les plaintes de Théognis relèvent-elles d’une peur du déclassement, ou d’une menace réelle, en lien avec une situation économique, politique et sociale ?

Sous un autre angle, quand et pourquoi assiste-t-on à la désaffection et à la réhabilitation de figures de référence -hommes politiques, auteurs ou artistes- (axe 2) ? Tel modèle individuel ou tel auteur antique, a pu être oublié, rejeté et, à la faveur d’une mode, d’un changement de pouvoir, au contraire, encensé et revenir au sommet de la critique. L’évolution des canons, des goûts en littérature, en sculpture notamment, a pu motiver ces changements, mais des concours de circonstances, comme les enjeux politiques du moment, ont aussi pu être à l’origine, dans l’histoire, d’une déchéance comme d’un retour en grâce.

Il en est de même pour les objets, qui peuvent être délaissés, puis, à la faveur des circonstances, réinvestis (axe 3), souvent pour d’autres fonctions, qu’il s’agisse de céramiques usagées dont certains éléments sont réutilisés, ou d’outils qui peuvent être détournés de leur fonction initiale. Cette « seconde vie » des objets, qu’ils soient du quotidien ou exceptionnels et luxueux, comme celle des personnes et des lieux, peut-elle révéler des comportements particuliers, des mutations dans les besoins, comme dans les savoir faire, au-delà du simple principe d’économie ? Les offrandes constituent de toute évidence une catégorie à part. Comment sont-elles réutilisées avec le temps, cachées, ou détournées et que révèlent ces processus des conceptions religieuses des Anciens et de leur évolution ? Les édifices peuvent aussi être délaissés, abandonnés pour des raisons variées, puis réoccupés, réinvestis (axe 4), voire même embellis (parfois en faisant l’objet d’une véritable restauration). Il ne s’agit pas d’aborder ici le phénomène de réemploi pour lui-même, mais de s’interroger sur les causes et les modalités d’abandon puis de réaffectation, souvent après modification de la fonction initiale, de certains édifices, voire de monuments prestigieux comme le palais de Philippe II de Macédoine abandonné puis réinvesti par des potiers qui y établirent leurs ateliers.

Les pratiques peuvent aussi faire l’objet d’une forme de déclassement (axe 5), oubliées un moment, puis rétablies. Ce peut être le cas de pratiques religieuses, voire de l’ensemble d’un culte, selon le moment et le lieu, mais aussi des pratiques thérapeutiques, en fonction de la prédominance changeante de telle ou telle école de médecine. On pense par exemple à la pratique de la saignée ou à celle du vomissement thérapeutique qui connaissent diverses fortunes au cours de l’évolution de l’art médical. Il en est de même de pratiques philosophiques, comme par exemple celles de la méditation, de l’ascèse, du suicide, qui dépendent étroitement du contexte culturel d’une époque, et qui ont été recommandées ou condamnées, en fonction du courant philosophique majoritaire en vigueur. Pourquoi certaines pratiques sont-elles abandonnées, souvent au profit de pratiques opposées, puis connaissent-elles un retour en grâce, à certaines époques ou dans certaines régions ? Quelle est le lien entre l’abandon de ces pratiques et le contexte historique, géographique, socio-politique ou idéologique ?

Contact :
J.-Chr. Courtil, E. Galbois, Fr. Ripoll, S. Rougier-Blanc :