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L'ANTIQUITÉ EN RÉSEAUX.

Portail informatique sur les correspondances de savants antiquisants francophones,  dans l'Europe des XIXe - XXe siècles

 

 

1.      Origines et historique du projet

 

Le projet repose sur la convergence de plusieurs projets mis en place, pour certains depuis plusieurs années, par deux laboratoires de l'UTM : PLH-ERASME (EA 4153) et TRACES (UMR 5608).

 

Depuis plusieurs années, l'équipe ERASME (au sein du laboratoire) travaille sur les correspondances scientifiques comme reflet de l'histoire des disciplines touchant aux Sciences de l'Antiquité. Le contexte d'ensemble est celui de la construction des sciences historiques en Europe, à partir  du début du XIXe siècle, selon un mouvement qui commence en Allemagne, en réaction aux conquêtes napoléoniennes (la nouvelle université de Berlin est fondée en 1810), et s'étend ensuite à l'Italie, la Grande-Bretagne, la France, pour l'essentiel.

 

En novembre 2005, a été organisé un Colloque International sur le thème : « S'écrire et écrire sur l'Antiquité. L'apport des correspondances à l'histoire des travaux scientifiques », qui a donné naissance à un livre paru en 2008 (Grenoble, Jérôme Millon, 411 p.). Il explore l'interaction entre les lettres et les travaux scientifiques, entre les correspondances et les publications.

 

Par ailleurs, depuis deux ans, la bibliothèque du Musée de Roanne, le Centre Européen d'Archéologie du Mont-Beuvray et le laboratoire TRACES (UMR 5608, Toulouse) collaborent à un projet d'inventaire et de valorisation des archives et de la correspondance de Joseph Déchelette, archéologue et conservateur du musée de Roanne (entre 1892 et 1914). Le fonds est exceptionnel par le corpus de lettres (environ 7000 lettres, cartes et photographies), et un projet (PCR) auprès de la DRAC Rhône-Alpes a été déposé. Une première journée d'étude avait eu lieu à Toulouse le 29 avril 2008 pour définir divers axes de recherche (en particulier une analyse approfondie des réseaux de correspondants européens). Une partie des communications de cette journée est publiée dans la revue Anabases, 9, 2009, p. 201-260. À partir d'un premier inventaire de la correspondance, une base de données a aussi vu le jour et sera prochainement mise en ligne, afin de compléter le programme de numérisation d'une partie du fonds en 2009 (projet accepté par le Ministère de la Culture).

 

En 2007-2008 et 2008-2009, le séminaire de l'équipe PLH-ERASME a été et continue d'être consacré à « L'Antiquité en réseaux ». Des enquêtes ont été conduites sur le tissage des réseaux scientifiques en rapport avec la production de savoirs. On envisage une publication finale de l'ensemble des interventions. Le séminaire a été l'occasion de mettre à l'épreuve, à partir d'un ensemble de sources et de dossiers documentaires, la nécessité d'un croisement interdisciplinaire : histoire de la culture, des pratiques et des institutions savantes, philologie, bien sûr, mais aussi sociologie (la séance introductive a été l'occasion d'accueillir le sociologue Gilles Bastin [IEP Grenoble], qui a montré les ressources de la sociologie des réseaux à disposition des historiens). De ces travaux est résulté un livre, sous presse (mai 2010), aux Presses Universitaires de Rennes.

 

L'ensemble de ces initiatives s'inscrit dans la perspective d'une confrontation transdisciplinaire, pratique constante à l'intérieur de PLH, avec les autres équipes de l'UTM, en particulier l'équipe TRACES, qui travaille sur des correspondances de protohistoriens et archéologues, ainsi qu'avec des collègues venant d'autres horizons géographiques et d'autres spécialités. Les liens étroits avec les savants qui travaillent sur l'histoire des Académies et notamment de l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres trouvent dans cette entreprise un cadre approprié.

 

Enfin, cet axe de recherches s'appuie sur les recherches personnelles de plusieurs enseignants-chercheurs de l'UTM qui ont donc acquis une compétence particulière dans ce domaine :

-          Corinne Bonnet travaille depuis près de 15 ans sur la correspondance scientifique de Franz Cumont (12 000 pièces), a réalisé une base de données en ligne sur celle-ci et a publié de nombreux livres et articles dans cette perspective ;

-          Véronique Krings travaille sur les archives de Franz Cumont : carnets de voyages et photos en particulier, en vue d'une publication ;

-          Catherine Valenti a étudié dans sa thèse (publiée en 2006, chez Belin) l'histoire de l'École française d'Athènes et ses réseaux intellectuels ;

-          Sandra Péré-Noguès travaille sur la correspondance de Joseph Déchelette et son réseau international de protohistoriens, préhistoriens, archéologues et historiens de l'Antiquité.

-          Pascal Payen étudie la correspondance de Johann Gustav Droysen (1808-1884), l'un des plus grands historiens allemands antiquisants du XIXe siècle, ce qui a donné lieu à plusieurs publications.

 

 

2.      Objet du projet

                                                    

Ces diverses expériences ont conduit à un double constat :

1-      les correspondances scientifiques représentent un matériau historique de première importance, insuffisamment valorisé dans une perspective historiographique, épistémologique et sociologique ;

2-      ces sources sont extrêmement dispersées, dans une infinité de fonds d'archives, de sorte que leur sous-exploitation résulte avant tout d'une visibilité et accessibilité problématiques.

 

Par conséquent, riches de nos expériences respectives, et conformément à l'un des deux axes transversaux du laboratoire PLH ("Création d'outils pour la recherche en sciences humaines"), nous formulons le projet de réaliser un outil de travail qui n'existe nullement pour l'heure, à savoir un portail informatique recensant les correspondances de savants antiquisants francophones (France, Belgique, Suisse, Maghreb), des XIXe et XXe siècles. Le choix de cette période s'explique par le fait qu'elle représente un moment crucial pour les Sciences de l'Antiquité, au cours duquel se constituent des savoirs spécialisés et des méthodes spécifiques, et où l'émulation scientifique s'affine au gré des poussées nationalistes. Les correspondances sont donc plus riches, plus intenses, plus denses.

 

Sur le site que nous nous proposons de réaliser, chaque fonds de correspondance sera recensé sur une fiche récapitulant des données quantitatives et qualitatives, l'existence d'archives numériques, un lien vers les éventuelles bases de données, des informations pratiques sur l'accessibilité des fonds, etc. L'objectif est de centraliser toute une série d'informations extrêmement dispersées et souvent confidentielles, de créer un site qui soit un lieu de convergence pour les chercheurs.

 

 

3.      Collaborations

 

Pour réussir à mettre au point un outil aussi performant que possible, deux équipes toulousaines associeront leurs moyens et compétences : PLH-ERASME et TRACES. On fera aussi appel à l'expérience d'Ève GRAN AYMERICH, chercheur auprès de l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres, auteur de travaux essentiels sur l'histoire de l'archéologie et sur les transferts culturels. Elle considère notre projet comme une initiative très utile à laquelle elle est toute prête d'apporter son expertise. De même, on pourra compter sur la collaboration et l'expérience d'Annick FENET qui a travaillé plusieurs années sur le riche fonds d'archives d'Alfred FOUCHER, un grand spécialiste de l'extrême Orient antique (qu'elle a longuement présenté dans Anabases 7, 2008, p. 163-192).

 

Pour le reste, le projet sera réalisé par des doctorants ou post-doctorants qui ont déjà acquis, dans ce domaine, des compétences spécifiques. A eux seront associés des étudiants de Master.  Il nous semble raisonnable de penser que le portail pourrait être opérationnel en 2-3 ans. Si l'expérience sur les savants francophones donne de bons résultats, on pourra envisager de l'étendre, par le biais d'un PPF ou d'une ANR franco-allemande, à d'autres secteurs (Allemagne, Angleterre, Italie, etc.).