Patrimoine Littérature Histoire


Accueil PLH > Axes de recherche > axes ELH 2015-2019

AXE 7 ELH- «Esthétique et Herméneutique du film», (responsables : Philippe Ragel et Corinne Maury)


L’axe de recherche Esthétique & Herméneutique du film a pour ambition d’analyser les enjeux esthétiques, politiques et historiques que soulèvent les écritures cinématographiques d’auteurs classiques et contemporains.

On y privilégiera d’une part les rapports que le cinéma entretient avec l’Histoire politique, littéraire, culturelle ou des idées. On mettra d’autre part l’accent sur la portée esthétique du cinéma et sa puissance imageante. En ce sens, les approches paysagères et poétiques du cinéma auront ici toute leur place. Outre les collaborations déjà lancées avec les collègues de littérature (« Le passé au présent : les passeurs du patrimoine », Jean-Yves Laurichesse ; « Frontières et limites de la littérature fantastique », Patrick Marot), répondront à ces différentes perspectives scientifiques les colloques suivants prévus au prochain contrat : « Cinéma italien : histoire et société », « Paysages du cinéma et mémoire », et un projet sur les approches poétiques du cinéma contemporain

Partant du constat qu’ « au cinéma comme dans toutes les productions signifiantes, il n’est pas de contenu qui soit indépendant de la forme dans laquelle il est exprimé » (Jacques Aumont – Michel Marie), on considérera ici le film comme un acte de création relevant d’abord d’une construction stylistique.
Ainsi, privilégiera-t-on le travail de description comme geste d’écriture qui organise et véhicule, par le choix des mots, la puissance de l’œuvre et le mouvement du film.

Ensemble structuré, matière d’images et de sons, un film est organisé pour produire sinon un savoir, au moins un sens, une pensée. Il entretient en ce sens un rapport à l’Histoire, autant l’histoire du cinéma que celle politique, littéraire, culturelle, ou des idées. À cette considération, l’axe Esthétique & Herméneutique du film entend par ailleurs s’attacher. Car à quoi servirait le cinéma s’il n’était pas là, aussi, pour questionner et aider à comprendre ce vers quoi le mouvement du monde entraîne les sociétés et les hommes ?

Pourtant, s’en tenir à une seule dimension historique, sociopolitique, ou philosophique du cinéma, pour le moins avérée, c’est risquer de réduire sa portée esthétique et sa puissance imageante en en faisant le bras de levier herméneutique d’autres champs disciplinaires qui lui préexisteraient. L’axe Esthétique & Herméneutique du film ne saurait étouffer cette question, ce faisant omettre que le cinéma produit, pour le moins, des œuvres d’art, fussent-elles divertissantes, et qu’à ce titre il se présente aussi (surtout ?) comme un mode spécifique du sensible. Aussi s’intéressera-t-on aux modalités de perception et aux régimes d’émotion (Jacques Rancière) qui amènent à construire une pensée du cinéma comme « ouverture du regard » (Jean-Luc Nancy). En ce sens, les approches paysagères du cinéma où quelque chose de ce qui se raconte ou plutôt se suggère, se retire dans sa part de secret et de mystère, auront ici toute leur place. Selon une démarche qui privilégie le geste d’analyse esthétique du film, on considérera ainsi autant la poétique du récit que les potentialités plastiques des œuvres où des morceaux de monde disparates et de vues singulières s’entretissent pour produire des polyphonies du monde 

Sur un plan épistémologique, l’axe Esthétique & Herméneutique du film s’inscrira dans l’héritage de la pensée figurale de l’image telle que théorisée et proposée par Jean-François Lyotard, Georges Didi-Huberman, Nicole Brenez, Jacques Aumont ou encore Philippe Dubois. L’idée de figure y sera pensée comme écart à saisir, intensité qui bouscule l’autorité du visible et du lisible. Car, si en certains moments le film nous frappe, s’il agit sur notre perception et sur ses différents niveaux de conscience, ces sensations tiennent beaucoup plus à l’intensité des présences figurales qu’il travaille qu’à leur opérativité narrative, qu’au circuit argumentatif qui les articule. Parler de figurabilité n’est-ce pas, en effet, avant tout « dégager l'image de sa triple dimension expressive, représentative et logique, et replacer l'analyse au contact des processus qui permettent l'assomption figurative d'une forme […] émancipée du scénario des personnages » (Luc Vancheri) ?



Champs d’étude et de recherche


   

Cinéma & Paysage

Ni immanent ni transcendant, si le paysage semble le produit d’une activité humaine et artistique qui « artialise le pays en paysage » (Alain Roger), il n’en demeure pas moins « une fluctuation ininterrompue d’émotions et de données perspectives […], l’âme d’une concaténation infinie et magique des formes » (Raffaele Milani). Loin des scènes d’arrière-fond ou des décors de passage qui, au cinéma, le réduisent trop souvent à des espaces de contextualisation, le paysage apparaît ainsi comme le lieu d’une expérience esthétique prégnante et suggestive, ouvert sur la rencontre, la découverte et la connaissance.

Avec, entre autres, Abbas Kiarostami, Nuri Bilge Ceylan, Alexandre Sokourov, Béla  Tarr, encore Jia Zhang-ke, on considèrera ici différentes esthétiques cinématographiques qui font du paysage non pas une toile de fond muette sur laquelle se déroule une narration, mais le terrain d’une expérience sensorielle qui ouvre le film aux modalités de la présence.

   

Poétique du cinéma

Dans leurs approches, certains cinéastes usent de dispositifs formels très resserrés (Chantal Akerman, Yervan Gianikian, Angela Ricci Lucchi, Irit Batsry), d’autres ménagent une part importante à l’immersion dans le milieu (Raymond Depardon) ou défendent une forme d’improvisation maîtrisée (Alain Cavalier). L’expérience du réel, indéterminé, instable, devient pour eux source d’une perpétuelle inspiration sensible aux ajustements permanents. Ils ne filment pas seulement le monde, ils l’habitent, le considèrent comme un chantier de création. La manière dont le film construit alors son récit diffère des techniques consacrées d’écriture dramatique. Ainsi l’essai filmé qui éprouve les modèles conventionnels du cinéma et résiste à toute définition statutaire. Ainsi certains horizons fictionnels où la poétique du récit croise celle des formes et de la matière (Bruno Dumont, Philippe Garrel, Noami Kawase,  Sergei Loznista). Il ne s’agit plus de tendre vers un objectif dramatique à atteindre (la scène climax par exemple) organisé autour de modèles pour certains idéologiques (le « conflit central »), mais de saisir des situations filmiques beaucoup plus fragiles, ballantes, suspensives, dilatoires, travaillées par des modulations de nature poétique (motifs plastiques, matières sonores, constructions rythmiques, régimes haptiques).

   

Le cinéma au risque de la littérature et de l’Histoire

Il s’agira ici de traiter des relations complexes et souvent tumultueuses que le cinéma entretient avec la littérature et l’Histoire. Non pas du point de vue exclusif de l’adaptation ou du traitement du fait historique par le cinéma, mais plutôt au sens de ce que le cinéma fait à la littérature (depuis Dos Passos) ou de l’Histoire, et au sens aussi de ce que ces échanges faits de « fascination asymétrique » (Jean-Louis Leutrat) ou de « déstabilisation » (Jean Cléder) inventent. L’occasion sera ici donnée de mutualiser des savoirs et des démarches épistémologiques propres aux chercheurs des trois disciplines qui traversent les grandes orientations du laboratoire PLH, comme en témoignent certaines collaborations scientifiques déjà engagées : « Le passé au présent : les passeurs du patrimoine » (Jean-Yves Laurichesse), « Frontières et limites de la littérature fantastique » (Patrick Marot), « Territoires autobiographiques : récits-en-images de soi » (Philippe Maupeu). Outre d’autres collaborations à l’étude (un colloque international sur le « Cinéma italien : histoire et société », en  partenariat avec les historiens de l’époque contemporaine), ce terrain d’étude ouvrira ses réflexions à l’histoire (géo)politique que questionnent (et construisent ?) les cinémas contemporains du Moyen-Orient (dont le cas iranien) et asiatiques (Chine, Taïwan etc.).