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Séminaire ELH - Le deuil de la résistance dans la littérature française d’après-guerre.

du 23 octobre 2017 au 4 juin 2018
Les séances ont lieu le lundi de 16h à 18h.

Ce séminaire propose de revisiter l’histoire littéraire de l’après Seconde guerre mondiale, en l’interrogeant à partir de ce qu’on pourrait appeler le deuil de la Résistance. Au-delà de l’étude des représentations directes de la Résistance, de la France Libre et de la guerre, il s’agit d’étendre la réflexion à tout ce qui, directement ou indirectement, manifeste cette présence dans les œuvres, sous les formes variées que peut prendre le deuil d’un idéal et d’un engagement.

Jean Cassou définissait la Résistance comme un « fait moral » : « La Résistance fut et demeure un fait moral, et le même pour tous les résistants, quel qu’ait pu être le motif subsidiaire de leur choix et de leur décision, et quelle qu’ait pu être la suite où, ayant repris leur qualité politique, ils se sont engagés . » À l’aune de ce « fait moral, absolu, suspendu, pur », l’après-guerre a provoqué incompréhension et amertume. Car elle n’a pas ressemblé à ce dont avaient rêvé pendant le conflit beaucoup de ceux qui s’étaient engagés dans la Résistance et dans la France Libre. La Guerre froide a fait éclater l’unité de ceux qui s’étaient battus côte à côte contre le nazisme. Les grands principes, les idéaux n’ont jamais paru être aussi loin de la réalité que dans ces années de lutte idéologique intense, de manipulation, d’hypocrisie que furent la fin des années 1940 et les années 1950.
Derrière la célébration de la victoire et la capitalisation politique du rôle des uns et des autres dans la lutte contre l’occupant et contre Vichy, l’après-guerre a été, plus souterrainement, le moment du deuil de ce que la Résistance avaient représenté pour ceux qui s’étaient battus dans ses rangs : un idéal humain et moral.
Le sentiment d’une victoire volée en a conduit beaucoup au silence. Mais de ce deuil a pu aussi naître une fécondité créatrice. Prenant la forme de la commémoration de la Résistance ou, au contraire, du refus de commémorer, il a pu s’exprimer par l’humour et la mise à distance, par la transposition dans d’autres contextes historiques ou géographiques, voire imaginaires, par le déni ou l’oubli sélectif, la mise en scène d’une mémoire lacunaire, recomposée, redécouverte, de souvenirs effacés, refoulés ou revendiqués. Il a fallu ruser avec cette mémoire pour qu’elle continue à vivre.
Mais ce silence, parfois choisi, a aussi été imposé. Des romans n’ont pas trouvé d’éditeur, d’autres n’ont été publiés que pour être bien vite oubliés, effacés du tableau et des histoires littéraires, pour des motifs qui n’étaient pas toujours exclusivement littéraires, mais souvent aussi idéologiques.
Nous proposons de mettre en évidence les signes et les formes, directes ou indirectes, de ce deuil dans la littérature d’après-guerre, chez les écrivains ayant participé à un titre ou à un autre à la Résistance, à la France Libre ou plus largement témoignant, par leur histoire personnelle ou par leurs positions de leur attachement aux idéaux qu’ils ont porté. On peut sans doute situer le moment crucial de ce deuil au début des années 1950, qui ont marqué un tournant chez beaucoup d’écrivains, sans se limiter toutefois à cette seule période.
Une première direction d’étude portera sur des œuvres isolées, singulières, considérées comme plus ou moins marginales, des œuvres passées sous silence dans la plupart des histoires littéraires et qui portent trace de cette crise. Il s’agit d’écrivains plutôt engagés à gauche politiquement (mais pas exclusivement), et qui refusent une image trop idéologiquement marquée de la Résistance, soit communiste soit gaulliste. Entre autres : Romain Gary, Vercors, Jean Malaquais, Louis Guilloux, Jean Meckert, Marc Bernard, auxquels on pourrait adjoindre d’autres figures d’« irréguliers » des Lettres – pour reprendre une posture dans laquelle aussi bien Gary, Vercors que Malaquais se reconnaissaient à cette époque – comme par exemple Roger Vailland. La liste est bien sûr ouverte. 
Un second axe de réflexion pose la question de ce deuil à des mouvements ou à des écoles littéraires dont le lien à cette histoire est peut-être plus fort qu’il n’y paraît, comme, par exemple, les débuts du Nouveau roman, en particulier l’œuvre de Claude Simon, ou encore le rôle de ce deuil chez Beckett.
Une troisième direction propose de voir comment ce deuil se manifeste dans des genres dit « mineurs » alors en plein essor : le roman policier et la science-fiction. Le polar décape les rapports sociaux et donne une image crue de la société de cette période. La science-fiction déplace le cadre, mais creuse des questionnements dont certains sont directement liés aux idéaux de la lutte contre le nazisme et les totalitarismes, à commencer par des personnalités comme Orwell ou Vercors (Les animaux dénaturés).
Une autre direction pourrait étudier les répercussions de ces idéaux dans la littérature francophone, en particulier au tournant des années cinquante et au début des années 60, dans la résurgence du débat sur les valeurs de la Résistance au moment des décolonisations, notamment pendant la guerre d’Algérie, puis dans la façon dont cela a pu influer sur le regard critique porté par les romanciers sur les indépendances d’après la décolonisation, en Afrique.
L’approche peut être thématique, dans la façon dont la Résistance et la France libre sont représentées, ou par la mise en avant de valeurs qui, sans se référer explicitement à la Résistance, s’y rattachent, notamment par le prisme moral. Ou, plus indirectement, porter sur des choix de représentation, génériques, narratifs, voire stylistiques, la recherche de façons nouvelles d’incarner un positionnement face à l’histoire pouvant conduire à l’élaboration de formes narratives originales.
Julien Roumette (ELH-PLH)

  • Lundi 23 octobre
Julien Roumette (UT2J) : Introduction.
 
  • Lundi 20 novembre
Jacques Lecarme (Université Paris 3 – Sorbonne Nouvelle) : « L’esprit de la Résistance : Les Noyers de l’Altenburg, d’André Malraux, de l’édition suisse (1943) à l’édition française (1948). »
 
  • Lundi 18 décembre
Jean-Yves Laurichesse (UT2J) : « Claude Simon avant le Nouveau Roman : un après-guerre. »
 
  • Lundi 29 janvier
Bruno Curratolo (Université de Bourgogne – Franche-Comté) : « Le Journal de Raymond Guérin ou les résistants de la onzième heure. »
 
  • Lundi 12 février   
Anne Simonin (EHESS) : « Les refusés des Éditions de Minuit clandestines. Une autre histoire possible de la résistance littéraire ? »
 
  • Lundi 12 mars
Hyacinthe Carrera (Université de Perpignan) : « Le refus de Ludovic Massé (1962) : une vision de la résistance et de l'épuration en Ariège. »
 
  • Lundi 9 avril
Maxime Decout (Université de Lille) : « Albert Cohen des Écrits d’Angleterre (1940-1949) aux récits d’après-guerre »
 
  • Lundi 4 juin
Guillaume Sibertin-Blanc (Université de Paris 8) : « Le temps d’après (la Résistance) : remarques sur Beckett. »

Lieu(x) :
En salle E 412 (Maison de la Recherche)
sauf la première séance en D 30

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