Patrimoine Littérature Histoire


Accueil PLH > Activités > Programmes en cours

Projet SYNAESTHESIA. Expérience du divin et polysensorialité dans les mondes anciens: une approche comparée.




Porteur du projet : Adeline Grand-Clément

MCF Histoire grecque, Université de Toulouse 2-Jean Jaurès

Equipe PLH-ERASME

Maison de la Recherche

5, allées Antonio Machado

31058 Toulouse

adelinegc@yahoo.fr

 

Programme financé par l’Idex de Toulouse, dans le cadre de l’appel à projet « Emergence » / 2015-2017

 

 

Présentation générale

 

Le projet SYNAESTHESIA vise à mettre en lumière le rôle joué par les stimulations polysensorielles dans l’expérience que les Anciens avaient du divin. En effet, nous partons de l’hypothèse que c’est en construisant un univers sensoriel et affectif spécifique, distinct de l’environnement visuel, olfactif et sonore du quotidien, que les sociétés de l’Antiquité créaient les conditions d’une communication avec les entités divines « supranaturelles », ressentaient leur présence et expérimentaient la nature et les effets de leurs pouvoirs. Le projet se situe donc à la croisée de l’histoire, de l’anthropologie et des sciences cognitives appliquées aux faits religieux (au sens large).

Parce qu’il fait le lien entre l’intime et le codifié, relève à la fois de l’idiosyncratique et du partagé, le processus perceptif nous renseigne sur la façon dont les membres d’une même communauté interprètent le monde environnant et se l’approprient. Chaque société se caractérise par un « régime sensoriel » intimement lié à un système de pratiques, de valeurs et de représentations. En son sein, une hiérarchie spécifique est construite pour articuler les différentes sensations entre elles. Lorsqu’il s’agit d’entrer en contact avec les puissances divines, cette hiérarchie peut faire l’objet de recompositions originales. La mise en place, lors des activités rituelles, de dispositifs mobilisant l’ensemble des sens et provoquant un engagement physique et psychique des fidèles, sera au cœur de notre étude. On ne cherchera donc pas seulement à dresser l’inventaire des phénomènes sensibles (visuels, odorants, sonores,…) dont le corps ritualisé est le réceptacle, mais surtout à proposer une « grammaire » des modes de perception, des comportements, des émotions et des systèmes d’appréciation qui s’y rapportent. On s’interrogera aussi sur l’articulation entre l’expérience individuelle et l’expérience collective, en réexaminant les différentes formes de synesthésies repérables dans les sources anciennes à la lumière des théories issues des sciences cognitives.

Certes, l’historien de l’Antiquité n’a que partiellement accès à l’univers sensoriel des sociétés qu’il étudie. Il se fonde principalement sur les représentations qu’en donnent les textes conservés. C’est pourquoi le projet repose sur le choix d’une approche à la fois interdisciplinaire et comparatiste. Interdisciplinaire, en ce que l’enquête réunira des chercheurs issus de l’histoire, de la philologie et de la littérature, de l’anthropologie, de l’histoire des religions, de l’archéologie, de la philosophie ainsi que des neurosciences et des sciences de la nature. Comparatiste, puisque nous mettrons en regard des données issues de plusieurs espaces culturels : la Grèce, la Mésopotamie, l’Égypte ancienne, Rome, le Proche-Orient... Et pour saisir la nature et les spécificités des paysages sensoriels caractérisant les religions antiques, nous dialoguerons avec les anthropologues qui étudient des sociétés extra-européennes (Afrique, Inde, Brésil, Mésoamérique, etc.). Le comparatisme mis en œuvre sera expérimental et contrastif : on fera réagir les dossiers documentaires afin d’alimenter les questionnements, de mettre à l’épreuve les hypothèses et d’élaborer des outils d’analyse opératoires ; les spécificités propres à chaque contexte culturel autant que leurs éventuels points communs seront ainsi mis en lumière.

 

Abstract

 

In keeping with recent research in Humanities and Social Sciences (history, history of religions and anthropology), the project SYNAESTHESIA aims at identifying and defining the role played by the multi-sensory stimulations felt by the Ancients in the presence of the divine. Societies of Antiquity created a particular sensory atmosphere, different from the environment of daily life. Thanks to specific visual, acoustic, or odorous effects, they communicated with their gods, felt the presence of these invisible entities, making them tangible, and experienced the power of nature.

Bodily perception constitutes a prism with which a society gives sense to, translates, and interprets its surrounding environments. For more than twenty years, anthropology has invited to consider a society through the human body and its sensory dynamics: perception and related concepts may vary from one culture to another, as they are deeply rooted in a system of customs, values and representations, where sensory phenomena are all intertwined. To communicate with the divine, this system may be modified and recomposed. The faithful is engaged through his body. Objects used during rituals help to frame a new landscape characterized by new sensory combinations. Focusing our research on this key moment, we will not only draw up a descriptive inventory of all the sensory phenomena involved, but we will also propose a “grammar” of the modes of perception, the sensible behaviours, the emotions and the appreciation systems linked to this religious experience.

Our main fields of research will be the ancient Greece, the ancient Mesopotamia, ancient Egypt and Rome, but our perspective will be both comparative and interdisciplinary. On the one hand, the scarcity of documentation about ancient religious experience invites us to broaden the field of research: a comparative approach is necessary to shed light on the specific inner concepts related to the senses of each culture under study. Thus, the confrontation with other ethnographic data of modern societies (Africa, India, Brazil, Meso-America, etc.) may prove extremely useful. On the second hand, analysing the senses necessarily implies an interdisciplinary collaboration of specialists from different fields: philology, archaeology, ethnography, anthropology, history of religions, social sciences, and also the neurosciences.

This 2 years-project will open a new field of investigation and lead to a wider program to be submitted in 2016 to the ANR (“Programme Jeunes Chercheurs”), in order to create an international and interdisciplinary research network.

 

 



BILAN

 

Le programme SYNAESTHESIA-Expérience du divin et polysensorialité dans les mondes anciens. Approche comparée, a été financé sur une période de deux ans (2015-2017) par l’Idex de l’université de Toulouse.

Ce projet visait à mettre en lumière le rôle joué par les stimulations polysensorielles dans l’expérience que les Anciens avaient du divin. L’approche adoptée a été à la fois interdisciplinaire et comparatiste :

-interdisciplinaire, car l’équipe a réuni des chercheurs issus de l’histoire, de la philologie et de la littérature, de l’anthropologie, de l’histoire des religions, de l’archéologie, ainsi que des neurosciences.

-comparatiste, puisque nous avons mis en regard des données issues de plusieurs espaces culturels : la Grèce, la Mésopotamie, l’Égypte ancienne, Rome, le Proche-Orient..., mais aussi les matériaux ethnographiques recueillis par les anthropologues qui étudient des sociétés extra-européennes (Afrique, Inde, Brésil, Mésoamérique, etc.).

Financement

Le financement du projet a permis d’avoir un contrat postdoctoral (Anne-Caroline Rendu Loisel), un stage rémunéré (Camille Lavidalie), ainsi que l’organisation de colloques et journées d’études, la participation au financement de missions de terrains des collègues anthropologues, les participations des membres de l’équipe à des colloques et congrès, l’édition de volume collectif.

Accomplissements

  • Nous avons constitué une équipe interdisciplinaire et organisé des réunions mensuelles qui ont permis de créer une dynamique collective. Différents collègues internationaux et nationaux ont pu être invités à présenter leurs travaux de recherches au cours de ce séminaire : Greg Goering de l’université de Virginie, Alice Mouton (CNRS Paris), Cécile Guillaume-Pey, Valentino Gasparini (Erfurt), Mark Bradley (University of Nottingham).

  • Nous avons organisé deux workshops : septembre 2015 sur la synesthésie, et octobre 2016 sur les normes rituelles, avec la participation de collègues extérieurs (Joël Candau, Béatrice Caseau, Vinciane Pirenne, Martin Fortier, Pierre Brulé, François Jacquesson, Arnaud Dubois, Arnaud Halloy, Francesco Massa, Sylvie Donnat, Lydia-Pelletier Michaud).

  • Nous avons co-organisé un panel dans un congrès international : (Adeline Grand-Clément, en collaboration avec Valentino Gasparini) Colorful Gods. Dynamics of Construction of the Divine Power in Antiquity, tenue à Helsinki, et organisée dans le cadre du congrès annuel de l’European Association for the Study of Religions, 28 juin – 1er juillet 2016 ; mais aussi un grand congrès international sur l’Encens à Rome Sensing Divinity (British School at Rome, École Française de Rome, Labex-Resmed, Université de Poitiers et Université de Nottingham), 23-24 Juin 2017.

  • La visibilité de nos activités a été assurée par la création et l’alimentation d’un carnet de recherche sur Hypothèses.org, toujours actif.

  • Des publications sont en cours : outre les travaux individuels des membres de l’équipe, nous avons deux volumes collectifs qui paraîtront à la fin de l’année 2017 : un numéro spécial pour la revue Trivium (en collaboration avec Fritz Blakolmer, Université de Vienne) et un numéro de la revue Mythos (qui regroupe les actes du workshop sur les normes rituelles). A cela s’ajoute le volume sur les Sens au Proche Orient Ancien, édité par Anne-Caroline Rendu Loisel et A. Hawthorn, sous presse ; ainsi que le catalogue de l’exposition toulousaine « Rituels grecs, une expérience sensible » (dont Anne-Caroline Rendu Loisel et Adeline Grand-Clément ont rédigé l’introduction).

D’autres chantiers verront le jour au cours de l’année à venir également : le numéro spécial d’une revue ou une monographie rassemblant des articles des membres de l’équipe uniquement ; les actes du colloque sur l’encens à Rome…

  • Un volet expérimental a aussi été développé : AC RL pour l’exposition sur les ziggurat à Strasbourg, avec la reconstitution de l’espace sensible du temple sumérien du 3e millénaire av. n. è. ; Adeline Grand-Clément, Ghislaine Vandensteendam et Amandine Declercq travaillent avec Evelyne Ugaglia, conservatrice du Musée Saint-Raymond, Musée des Antiques de Toulouse, à l’organisation de l’exposition Rituels grecs, une expérience sensible, qui ouvrira en novembre 2017.

  • Plusieurs manifestations grand public nous ont permis de partager nos recherches auprès de la communauté toulousaine : Semaine de Cerveau, Quai des savoirs, etc. avec des ateliers pratiques.

 

Si le financement s’est arrêté en juin 2017, la collaboration continue avec les anthropologues (avec notamment le projet NatuRel du Labex SMS) et des projets de participation à des colloques ou de publications collectives.

 




Version PDF | Mentions légales | Conseils d'utilisation | Lien vers RSSSuivre les actualités | haut de la page