Claude Simon et Lacombe Saint-Michel : de la figure historique au personnage romanesque

Publié le 28 juin 2013 Mis à jour le 10 juin 2018
du 19 septembre 2013 au 21 septembre 2013
Lacombe Saint-Michel  et Claude Simon
Lacombe Saint-Michel et Claude Simon

Ces journées, placées sous le signe de la littérature, de l’histoire, du patrimoine, des arts, permettront d’abord de mieux connaître cet oublié de la grande histoire de la Révolution et de l’Empire, le général d’artillerie Jean-Pierre Lacombe Saint-Michel, originaire du Tarn, et de comprendre comment un écrivain, Claude Simon, son descendant, interroge à travers lui son propre rapport à l’Histoire, à la nature, à l’écriture.

Le général d’artillerie Jean-Pierre Lacombe Saint-Michel (Saint-Michel de Vax, 1753- id., 1812) fut une figure historique de la Révolution et de l’Empire : député du Tarn à la Convention (il y vota la mort du roi), membre du Comité de salut public, commissaire aux armées, ambassadeur à Naples, commandant en chef de l’artillerie en Italie, gouverneur de Barcelone… Mais ce colosse impétueux fut aussi un homme des Lumières, lecteur de Rousseau, auteur de réflexions, de poèmes, de souvenirs, et l’époux inconsolable d’une jeune protestante hollandaise morte à trente-trois ans, Marianne Hasselaër. Enfin, sa vie dissimule un autre drame : la condamnation à mort pour émigration de son frère royaliste Jean-Marie, dont sa famille le jugera indirectement responsable, à la fois régicide et fratricide.
Son descendant en ligne directe, Claude Simon, Prix Nobel de Littérature 1985, dont on fête en 2013 le centenaire de la naissance, avait été fasciné enfant par le buste de marbre du général trônant dans le salon familial. Il a fait de lui, sous les initiales L. S. M., un personnage central de son roman
Les Géorgiques (éditions de Minuit, 1981), prenant pour matériau d’écriture la correspondance de son ancêtre, retrouvée dans un placard de l’hôtel particulier de la rue de la Cloche d’Or à Perpignan. Correspondance double puisqu’elle concerne tantôt ses fonctions militaires et politiques à travers toute l’Europe, tantôt la conduite à distance, par l’intermédiaire de son intendante Batti, de son domaine du Tarn, d’où le titre emprunté au célèbre poème de Virgile. Ainsi se trouvent réunis deux grands thèmes de l’oeuvre de Claude Simon : la terre et la guerre. Mais l’écrivain met aussi en parallèle avec l’histoire de L. S. M. celle de O. (inspiré de George Orwell et de son Hommage à la Catalogne), volontaire des brigades internationales pendant la guerre d’Espagne, et sa propre expérience de la guerre dans les Flandres en mai-juin 1940, suscitant échos et résonances entre les temps, les lieux, en une somptueuse polyphonie.

Ces journées, placées sous le signe de la littérature, de l’histoire, du patrimoine, des arts, permettront d’abord de mieux connaître cet oublié de la grande histoire de la Révolution et de l’Empire, et de comprendre comment un écrivain s’en saisit pour faire de lui le personnage d’un roman moderne, hors du roman historique traditionnel, interrogeant à travers lui son propre rapport à l’Histoire, à la nature, à l’écriture. Elles seront aussi l’occasion d’entendre, à travers leurs écrits, la voix du général et celle de son lointain descendant, par une lecture associant textes et musique, rappelant que si Lacombe Saint-Michel fut avant tout un homme d’action, il était aussi sensible aux arts et avait rencontré sa première femme à l’opéra de Besançon. Elles feront enfin découvrir un lieu plein de charme, malgré les ravages du temps, ce petit château du Tarn auquel Lacombe Saint-Michel resta toujours profondément attaché, ne cessant d’y penser dans ses déplacements continuels, et où il passa les derniers temps de sa vie, à l’heure de la maladie et des désillusions. 
 
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