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"Autour de l'ivresse"

le 21 mars 2014
 9h-17h

Journée des jeunes doctorants et chercheurs de l'équipe ELH, organisée par Marine Le Bail, Hannes de Vriese et Loren Gonzalez.

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Présentation du propos

« il a bu un bon coup avant de reprendre son récit » (Alain Mabanckou, Verre cassé)

«  Sonne le beau mot » (Rabelais, Cinquième livre)

"Aimer est le grand point, qu'importe la maîtresse? / Qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse?" (La coupe et les lèvres, 1831). 
Ces deux vers d'Alfred de Musset apparaissent comme marqués par le romantisme triomphant des années 1830 et l'exaltation obligée de la passion amoureuse. Toutefois, ce propos comprend également une valeur programmatique, et dessine en creux une opposition nette entre la vie du poète bohême, déclassé mais inspiré, et l'existence rangée, morne et ennuyeuse du bourgeois, qui fait office de figure-repoussoir ; comme si, en définitive, la création artistique ne pouvait se concevoir que sous le signe de l'exaltation et de l'abandon à des forces qu'on ne maîtrise pas forcément. À la fois source d’une déperdition, d’une perte ou d’une projection de soi (« je est un autre ») et signe d’une révolte contre la société établie et la réalité décevante, l’ivresse a influé sur l’écriture à des époques différentes, chez les romantiques certes, mais aussi chez les surréalistes ou les beatniks américains et français.

Les propositions devaient s'inscrire dans trois principaux axes de réflexion.

1° L’ivresse marque la littérature de manière intermittente : au-delà de certaines périodes emblématiques, elle se fait étonnamment absente. Dans la littérature contemporaine l’alcool est ainsi consommé avec une telle modération que Faulkner, Bukowski ou encore Blondin semblent appartenir à une espèce désormais en voie d’extinction, celle de l’écrivain ivrogne. Jusque dans l’univers de fiction, la sobriété semble être de mise ; du moins chez les écrivains contemporains métropolitains, alors que les auteurs dits francophones, comme Dany Laferrière, Alain Mabanckou ou Emmanuel Dongala, font consommer bière, vin rouge et vin de palme à leurs personnages. Il s’agit d’interroger le lien entre l’histoire littéraire et le motif de l’ivresse, qui fait son apparition à des moments et à des endroits où les figures de l’artiste bohème et du marginal, qu’il s’agisse d’instances auctoriales ou non, prennent une signification toute particulière.

2° L'ivresse thématisée sous forme de motif littéraire, le vin constituant évidemment un agent d'ivresse récurrent, qui trouve notamment sa place dans les récits de banquets ou d'orgie qui émaillent la production littéraire, depuis le Moyen-Âge et ses fabliaux comme Les trois dames de Paris jusqu'aux scènes de débauche et de beuverie souvent annonciatrices de déchéance chez les romanciers réalistes, de Balzac (le banquet chez Taillefer dans la Peau de chagrin) à Zola avec son Assommoir. Toutefois, le vin n'est pas le seul facteur d'ivresse exploité par la littérature, et l'on pense évidemment aux paradis artificiels si amoureusement décrits par un Baudelaire ou un Gautier. On pourra donc s'interroger sur les stratégies d'écriture conditionnées par le recours à ce motif particulier : recours au registre comique ou farcesque, ne répugnant pas toujours au scatologique, mais aussi écriture marquée par l'onirisme et le fantastique, épousant les méandres d'une conscience en perte de contrôle, étrangère à elle-même.

3° Dans un sens plus large toutefois, l'ivresse acquiert une dimension métapoétique, et se confond avec la dépossession de soi dont l'artiste peut faire l'expérience au cours du processus créatif. Cette importance du furor poétique, qui marque l’œuvre littéraire au seau d'une apparente perte de contrôle, participe donc de la mythologie de l'artiste inspiré, interlocuteur des muses, soumis à un principe supérieur. C'est donc la posture de l'écrivain lui-même qu'il convient d'interroger, en faisant la part de ce qui tient, selon les mots de José-Luis Diaz, à la mise en place d'une "scénographie auctoriale" de la dépossession dont la tradition remonte à l'Antiquité, et ce qui correspond à une dimension proprement programmatique de l'ivresse, ainsi que le professent les surréalistes à l'occasion de leurs recherches sur l'écriture automatique. L’alcool, cette essence distillée du fruit, donne en effet, selon le rapprochement fait par Jean-Luc Nancy dans L’ivresse, accès à l’essence, à « la vérité pure, idéelle et sensée d’une substance concrète, opaque et sensible ». La démarche d’intoxication de l’écrivain se résume à une quête d’absolu et de vérité ; en d’autres mots, c’est par le vin que l’on accède à la dive bouteille.


 Programme

carte blanche aux étudiants de Master Recherche

9h : ouverture de la journée par Guy LARROUX, directeur du département de lettres modernes

9h30 : Anaïs Michel (dir. P. Maupeu) : « Le ms 815 de la bibliothèque de Toulouse : texte et image, une approche herméneutique ».
10h00 : Cécile Noilhan (dir. J.-F. Courouau) : « La Seconde Guerre Mondiale dans la poésie en langue d'oc ».
10h30 : Rachel Haziza (dir. P. Chiron) : « De la lettre à l’Être : l’omniprésence des corps dans l’œuvre de François Rabelais ».
11h30 : Madeleine Chiffre (dir. S. Vignes) : « L'alcool et les Amérindiens : une représentation québécoise contemporaine dans Cowboy de Louis Hamelin ».
12h00 : Léonard Bertos (dir. O. Guerrier) : « L'éthique de l'ivresse et la symbolique du vin dans l'œuvre de Rabelais ».

12h30-14h : buffet convivial à l’UFR de Lettres

ecriture de l’ivresse, ivresse de l’ecriture


14h : Introduction (Loren Gonzalez)
14h15 : Étienne Maignan (dir. F. Bercegol) : « Combattre l’ivresse avec les armes de l’ivresse : histoire de la passion et passion du style chez Maistre et Maurras ».
14h45 : Marine Le Bail (dir. F. Bercegol) : « Ivres de livres : ivresse sensuelle et érotisation de la possession chez les bibliophiles du 19ème siècle ».
15h45 : Hannes De Vriese (dir. J.-Y. Laurichesse) : « L’ivresse chez Glissant et Chamoiseau : un motif trouble et initiatique à la densité opaque des paysages faulknériens et antillais ».
16h15 : Rémi Gonzalez (co-dir. de J. Dürrenmatt et I. Serça) : « Ivre d'images et saoulé de paroles, la figure du narrateur cinéphile obsessionnel chez Tanguy Viel ».

Conclusion de la journée par Fabienne BERCEGOL (directrice de l’equipe ELH)


Contact :
Marine Le Bail, Hannes de Vriese ou Loren Gonzalez
Lieu(x) :
 UFR des lettres, salle du conseil

Documents à télécharger :

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