Romain Gary: l'ombre de l'Histoire

Publié le 2 mai 2007 Mis à jour le 4 juillet 2018
du 3 mai 2007 au 4 mai 2007

Colloque organisé par Julien Roumette

Équipe « Littérature et herméneutique » de l'Université de Toulouse le Mirail.

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Gary occupe une place originale dans la création littéraire d'après-guerre du point de vue de la place de l'histoire et de la mémoire. Comme le remarque fort justement Tzvetan Todorov , Gary refuse à la fois le récit héroïque et le récit victimaire pour lesquels, pourtant, son existence pourrait fournir un abondant matériau : à la fois héros de la guerre -- il ne le racontera jamais -- et issu d'une famille juive des confins de la Russie et de la Pologne, en grande partie massacrée par les nazis, il rejette le statut de victime.

Mais ces refus ne sont pas celui de l'Histoire. Au contraire, elle n'en est que d'autant plus présente. La mémoire occupe une place centrale dans l'oeuvre de Gary. Son dernier roman, Les Cerfs-volants , est dédié : «  A la mémoire  ». Il n'y a pas de refus du passé -- «  Il est en moi et il est moi  », écrit-il --, mais la mémoire n'a de sens que dans la façon dont elle donne forme au présent. D' Education européenne à Chien blanc , de La Danse de Gengis Cohn aux Cerfs-volants , l'histoire présente ne cesse d'être au coeur des oeuvres de Gary. Avec une lucidité exceptionnelle qui, dès 1946, dans Tulipe , lui fait inventer un personnage parodique lançant le mouvement : «  Prière pour les vainqueurs  », ou dénonçant, dès 1970, à côté du racisme blanc, les dérives tout aussi racistes du mouvement Noir américain, dans Chien blanc .

Chez lui, donc, pas de devoir de mémoire, mais un devoir de résistance qui est aussi un devoir d'imagination . Mémoire et imagination sont liés dans l'élaboration d'une réponse au présent : «  La vie c'est fait pour recommencer  », dit-il . L'imagination permet de ne pas désespérer d'une Histoire vécue comme l'ombre tragique dans laquelle se débattent les hommes pour tenter de rester humains, une fois fait le constat de la part d'inhumanité dans l'Homme. Tout autant que l'inscription de l'Histoire dans les récits de Gary, nous voudrions interroger la dynamique de ces rapports entre Histoire, mémoire et imagination, qui est, nous semble-t-il, une des originalités profondes de son oeuvre.