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La force des objets : matérialité, formes, action rituelle

du 30 mai 2013 au 1 juin 2013

Colloque organisé par le Centre d’Anthropologie Sociale du Laboratoire Interdisciplinaire Solidarité, Sociétés, Territoires en partenariat avec l’équipe ERASME.

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L’ethnographie, qu’elle soit écrite ou qu’elle alimente des musées, regorge d’objets aussi évidents dans leur spécificité fonctionnelle ou symbolique que difficiles à nommer : rituels ? magiques ? forts ? sacrés ? Et encore idoles, fétiches, reliques et reliquaires, agalmata et xoana des anciens Grecs, churinga australiens, bolimandingues… Sans parler des matières consacrées, assez nombreuses par exemple dans les anciennes confessions chrétiennes pour que l’étrangeté de leur pouvoir supposé finisse par passer inaperçue. Partir de l’observation des rites conduit à élargir encore cet inventaire déjà étedu à des éléments présents également,
mais d’une autre manière, dans la vie quotidienne : habit de l’officiant, couteau du  sacrificateur, eau des ablutions, pot où cuisiner la nourriture à partager… –autant de substances et d’accessoires nécessaires pour que s’opère un changement de monde, que l’on entre dans celui qu’évoquent en particulier les situations religieuses.
Dans ces univers où les choses ont des pouvoirs bien plus grands que l’efficacité reconnue en elles par la rationalité pragmatique, quel est donc le parcours qui les conduit à ce statut ? Que faut-il pour les produire, comment les manipuler ou interagir avec elles pour qu’elles accèdent à une telle transfiguration ?
L’objectif de ce colloque sera de revenir sur ces questions – toujours débattues en   anthropologie ou histoire des religions – pour les examiner à la lumière d’hypothèses récentes susceptibles de les renouveler (Ando 2011, Bazin 2008, Boyer 1994 et 1996, Colleyn 2004 et 2009, Freedberg 1989, Gell 1998, Henare et al. 2007, Houseman 2011, Ingold 2007, Jackson et Karp 1990, Moisseff 1994, Spyer 1998, Strathern 1999, Taussig 1993 et 2009, Viveiros de Castro 1998, Wagner 1991 et 2001, Willerslev 2007, etc.). On peut retenir de ces travaux quatre grandes orientations qu’il s’agira ici de prolonger et de mettre à l’épreuve de la comparaison.

1. Le poids des contextes et en particulier des situations rituelles dans la mise en scène/la production de l’objet fort. Dans quelle mesure, par exemple, l’efficacité qui lui est reconnue participe-t-elle de celle du rituel, avec ses singularités cognitives et interactionnelles ? Est-elle susceptible – et comment – de perdurer en dehors de ces situations ?

2. La part de l’esthétique dans la construction de l’efficacité : effets de « bonnes formes » suscitant l’émotion ou le trouble cognitif, grandeur intimidante liée au faste des mises en scène ou à la richesse des matériaux… Dans ce dernier registre, les choix s’adossent bien sûr aux hiérarchies culturelles préconstituées mais, plus que des symboles d’un pouvoir politique ou métaphysique, n’en sont-elles pas des cristallisations ou des moyens ?

3. La place de la figuration dans ces productions – à la fois dans ses succès mimétiques et ses
distorsions délibérées, menant parfois à des assemblages hybrides aux allures monstrueuses ou à l’an-iconicité. Celle-ci suggère-t-elle, comme le pensent certains chercheurs, que la force des objets réside en définitive dans leur choséité en elle-même ? A l’inverse, quelle  importance faut-il reconnaître à l’anthropomorphisme ?

4. La reconnaissance par les acteurs des qualités de sujet ou d’agent à ces réalités matérielles, cela pouvant conduire à remettre en cause les catégorisations objet/sujet, substance/objet, surface/ volume, animé/inanimé, chose/concept, matière/idée, etc.

Ces questions, qui se recoupent largement, seront abordées dans une perspective  interdisciplinaire (anthropologie, histoire, histoire de l’art) et comparatiste (Afrique, Amériques, Asie, Australie, Europe médiévale et contemporaine, Mondes antiques). Cette double ouverture devant permettre à la fois de confronter les perspectives analytiques et de formuler des hypothèses quant à la typologie des objets étudiés et des ressources mobilisées pour leur conférer leur pouvoir.

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