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Journée d’étude PLH : "L’invention des traces. Les espaces de l’écrit (1)"

le 10 novembre 2017

Dans le cadre d’un Séminaire bisannuel intitulé « La notion de patrimoine en question », les membres de PLH ont exploré les potentialités heuristiques de cette notion et l’ont en quelque sorte déployée et déclinée à travers diverses facettes ou thématiques, en s’intéressant à des concepts comme traces, indices, création et recréation, interpolation, anachronisme, analogie, transmission, réception… C’est le premier de ces termes qui a été retenu pour une série de journées d’études.

Pas plus que le patrimoine, la trace, en effet, ne s’impose d’elle-même ; c’est le regard de l’observateur ou du découvreur qui la constitue comme telle. En outre, la trace, par sa matérialité, scelle un événement, le prolonge ou en perpétue le souvenir, mais elle donne aussi à voir l’absence, le creux, ce qui n’est plus et relève d’une dimension immatérielle du passé.
Le Séminaire « La notion de patrimoine en question » avait du reste permis de transcender à plusieurs reprises la frontière entre patrimoine matériel et patrimoine immatériel ; on avait en particulier souligné le fait que la production des savoirs, la création des œuvres, et la transmission des uns et des autres s’inscrivent au confluent du matériel et de l’immatériel, comme elles sont au croisement du temps et de l’espace.

Forts de ces réflexions, les membres de PLH se proposent à présent de travailler sur divers aspects de « L’invention des traces », à la fois dans le sens de création, production, voire imagination, forgerie ou affabulation, et dans le sens de découverte, trouvaille, révélation. Sous le signe de la trilogie programmatique choisie pour orienter notre contrat quinquennal – Temps, Espace, Matière – les deux premières journées d’études sur « L’invention des traces » (10 novembre 2017 et 26 mars 2018) se focaliseront sur « Les espaces de l’écrit ».
Le patrimoine, en effet, conçu en tant que kaléidoscope de traces disparates, ne peut se contenter d’aborder les traces écrites des activités humaines comme des « monuments » figés, à vocation mémorielle, comme des monolithes tombés du ciel, purs produits de la pensée ou de l’activité intellectuelle. De nombreux travaux récents – on citera en particulier le volume intitulé Les Mains de l’Intellect paru en 2011 sous la direction de Christian Jacob, comme tome 2 des Lieux de savoir – ont bien montré que les écrits qui véhiculent savoirs, créations, littérature ou poésie résultent de gestes, de postures, de techniques, de pratiques, faisant de l’écrit un « objet », doté d’une vie sociale. L’écrit en tant qu’objet est donc produit, forgé, transmis, retravaillé, restauré, détruit, enrichi, embelli ou abîmé, autant d’étapes de sa « biographie » qui laissent leur empreinte dans la matérialité des supports.
Par « espaces de l’écrit », nous entendons donc ce champ, à la croisée de l’espace, du temps et de la matière, qui est balisé par des traces, multiples et variées, toujours chargées de sens, allusives ou elliptiques, bavardes ou laconiques. Loin d’être des scories de l’écrit, ces traces sont partie intégrante de son existence : elles conduisent vers ses usages, finalités, échos, prolongements ou détournements, itinérances ou rémanences.

Travailler sur les espaces de l’écrit comme territoires des traces, c’est aussi interroger la frontière entre sciences et savoirs communs, entre écrivains et lecteurs, entre création et réception ; c’est questionner les processus de production et de légitimation des œuvres, repérer des communautés ou des réseaux intellectuels, interroger l’entrelacement entre savoir et pouvoir. Qu’il s’agisse de traités savants, de lettres ou d’inscriptions, que l’on s’intéresse à des manuscrits, à des papyrus ou à des bibliothèques, que l’on interroge les scholies, les marginalia ou la ponctuation, on pourra explorer toute une gamme de pratiques intellectuelles ou poétiques, à la fois manuelles et graphiques, telles qu’elles « s’incarnent » dans la matérialité de l’objet écrit, au sein de contextes donnés.
Ces « traces » inscrites dans les espaces de l’écrit peuvent porter sur la forme et le sens du texte ; elles peuvent élucider des obscurités, suggérer des rapprochements ou comparaisons, guider le lecteur, proposer une correction ou une traduction, synthétiser un message ou prendre position quant à sa pertinence… La mise en forme de ces traces, leur organisation visuelle sont autant d’indices permettant de ressaisir le sens ces opérations.

À travers les traces véhiculées par l’écrit, on devinera des hommes et des femmes qui les ont laissées, « inventées » et relayées dans l’espace et dans le temps. Ainsi l’écrit ne sera-t-il plus conçu comme un dispositif inerte, mais comme un patrimoine dynamique, critique et pluriel, ouvert sur l’extérieur, renfermant, par le biais des traces qu’il porte, des potentialités herméneutiques décuplées.

Lieu(x) :
Maison de la recherche, salle E 412