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L'imaginaire littéraire du Fleuve, XVIIe - XXIe siècles

du 30 octobre 2017 au 31 octobre 2017

Colloque international organisé par Institut für Romanistik der Alpen-Adria-Universität Klagenfurt et Équipe Littérature et Herméneutique de l’Université de Toulouse-Jean Jaurès

tableau imaginaire fleuve

tableau imaginaire fleuve

Responsables du colloque

Fabienne Bercegol (Université de Toulouse-Jean Jaurès)
Susanne Friede (Alpen-Adria-Universität Klagenfurt)
Patrick Marot (Université de Toulouse-Jean Jaurès)
Martina Meidl (Alpen-Adria-Universität Klagenfurt)

Omniprésent dans toutes les littératures, le motif du fleuve est porteur d'une dualité majeure de l'imaginaire depuis l'épopée de Gilgamesh à la toute récente mémoire du fleuve (2015) consacré par Jean-Michel Dedet aux fleuves de l'Afrique Noire. D'une part en effet, le fleuve apparaît comme un marqueur identitaire primordial : objet de litiges ou frontière naturelle entre les nations (on pense aux aléas de la frontière rhénane, des invasions germaniques - César, Tacite, Ammien Marcellin - aux épisodes de l'annexion napoléonienne ou des confiscations successives de l'Alsace-Lorraine et de la Rhénanie), le fleuve incarne volontiers l'âme d'un pays ou d'un peuple, au point qu'il a souvent permis de les nommer. Dire le fleuve revient alors à trouver une forme pour une totalisation géographique, sociologique, politique de l'histoire des hommes (…). Par là il rencontre volontiers l'épopée, le chant ou l'hymne (ainsi Gilgamesh, Frédéric Mistral, Jean Giono, Arthur Rimbaud ou Robert Marteau).

Au-delà, il peut constituer pour ses riverains, pour ceux qui vivent sur lui de lui, une patrie à part entière, avec ses usages et sa langue propre (Mistral, Sylvie Germain). À ce titre son approche peut relever d'une sorte d'ethnographie (fictive ou non) qui en fait le lieu d'une détermination particularisante. Le fleuve perd alors toute territorialité, ou plutôt il devient territoire autonome ou l'œuvre littéraire peut mirer sa propre autonomie.

Un autre trait dominant de l'imaginaire identitaire du fleuve est sa valeur de vecteur d'une anthropogenèse : le fleuve est non seulement civilisateur (ce que ne manque pas de confirmer l'archéologie), mais il est créateur d'humanité - c'est ce qu'indique notamment le mythe biblique de la création de l'homme à partir du limon. En cela, le fleuve apparaît comme porteur d'une double direction temporelle : il renvoie l'homme à son origine, à son lien avec une matière féconde d'où il est issu et où il est appelé à retourner ; mais il assigne aussi symboliquement l'homme à son propre devenir - celui d'un cours irrésistible dont la descente engage toutes sortes de représentations de la fatalité, de l'initiation, de la progression (individuelle ou collective). Son sens est en effet plus essentiellement celui de la descente - fût-elle périlleuse et aventureuse (Robert Louis Stevenson) : sa remontée peut quant à elle libérer des forces incontrôlables (Conrad). Tout comme le fleuve, dont la source est volontiers déterminée, débouche dans la mer où il se perd, il relie ainsi les dimensions fondamentales d'un mystère où nous somme immergé : celui de la naissance et de la mort, de l'origine et de la fin ; il relie de même le connu et l'inconnu ; comme sur les cartes approximatives et lacunaires des explorateurs il est ce dont le nom permet de s'enfoncer dans l'innommé ou dans l'innommable (Conrad, Deville).

À ces aspects de la polarité identitaire de l'imaginaire littéraire du fleuve, on peut opposer une polarité inverse de dilution de l'identité. Traversant les communautés humaines, les fleuves opèrent un brassage et un bariolage des peuples dont il recompose à nouveau frais le « grands récits » (Claudio Magris, Gabriel Garcia-Marquez, Amitav Ghosh). Traversant les paysages, il témoigne de l'histoire géologique de la Terre que tout à la fois il résume et contribue à façonner (Oscar V. Milocz). La permanence du fleuve devient paradoxalement, à l'instar de la mer, figure exemplaire de l’impermanence. C'est l'image du fleuve qu'évoque significativement Héraclite (« On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve »), Bergson (Essai sur les données immédiates de la conscience) ou les praticiens du « courant de conscience » (James Joyce, Virginia Woolf). Ces eaux constamment abondées, mêlées, ramifiées, sont l'emblème d'une dissolution de toutes les individualités : dissolution cosmique dans une totalité en perpétuelle mutation (Giono), ou réunification de ce qui était séparé pour une nouvelle naissance (Milocz, Germain), c'est l'image de l'harmonie et de la coïncidence à soi qui dès lors prévaut (Fédor Dostoïevski, Joris-Karl Huysmans, Gérard de Nerval). Au-delà de l'imaginaire identitaire du fleuve, nous retrouvons le fleuve au niveau métatextuel dans des métaphores telles que celle du roman-fleuve ou du poème-fleuve, qui renvoient à l'extension, le dynamisme, la progression, mais aussi à la faible cohérence propres à ces genres littéraires.

Contact :
Martina Meidl
Lieu(x) :
Université de Klagenfurt

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