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Expérience sensorielle et normes rituelles dans les mondes anciens : approche comparée

du 8 septembre 2016 au 8 octobre 2016

Atelier de recherche organisé par A. Grand-Clément et A.-C. Rendu-Loisel dans le cadre du Programme de recherche interdisciplinaire Synaesthesia financé par l’Idex de Toulouse (2015-2017).

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« Si tu descends dans les Enfers, prête attention à mon conseil ! Tu ne dois pas porter de vêtement propre : les morts te reconnaîtraient comme un étranger ! Tu ne dois pas t’enduire d’huile de la flasque : à son odeur, ils s’assembleraient autour de toi ! (…) Tu ne dois pas porter de sandales à tes pieds : tu ne dois pas faire de bruit dans les enfers ! » (Gilgameš XII, l.11 et suivantes). Tels sont les conseils donnés par le roi d’Uruk Gilgameš à son ami Enkidu : le monde des morts est régi différemment de celui des vivants. Les règles qui s’y rapportent portent également sur les phénomènes sensoriels ; ces derniers sont alors contrôlés et font l’objet d’interdits au sein de cette communauté.

La perception sensible des attitudes corporelles et les régulations dont celles-ci peuvent faire l’objet permettent ainsi d’envisager autrement les rapports entre les individus et entre les communautés. Les interactions sensorielles témoignent de l’existence de codes par rapport à ce qui est supportable, tolérable ou acceptable face à ce qui ne serait pas autorisé pour des personnes étrangères à un groupe. Les sociétés se construisent en suivant un processus de « normalisation » des comportements, qui suppose la mise en place de règles conditionnant le rapport au sensible.

Or, parce que le rituel est un mode d’action qui vise à dépasser l’ordinaire, il procède à un réaménagement du régime sensoriel habituel et se caractérise par l’établissement de normes spécifiques. La scène rituelle constitue donc pour les historiens et les ethnologues un microcosme privilégié permettant d’analyser la reconfiguration de l’expérience sensible ordinaire. Odeurs du sacrifice, fumigations d’encens, éclats de matières luxueuses, chants et musique des officiants, usage de certains artefacts et de produits organiques : c’est l’ensemble des sensations créées dans la scène rituelle, de façon contrôlée, qui concourt à tisser des liens entre des groupes ou des individus distincts, entre les communautés humaine et divine. L’enjeu principal consiste à instaurer la bonne configuration sensorielle pour garantir la présence, l’interaction et l’entente respective entre les participants humains et les entités invisibles. Poussée jusqu’à la saturation ou au contraire réduite à son plus bas niveau, la (poly-)sensorialité permet d’établir une communication avec un Autre, qu’il s’agisse d’un humain, d’un dieu ou d’un défunt.

Cet atelier de travail fait suite au séminaire mensuel et à la rencontre de septembre 2015 du programme de recherche Synaesthesia (Idex de l’Université fédérale de Toulouse). Après avoir abordé les problèmes de définition et de méthodes dans l’approche du sensoriel entre historiens, anthropologues et neuroscientifiques, les discussions porteront cette fois sur la ou les normes qui peuvent régir les phénomènes sensoriels, en particulier en contexte de rituel. Motivé par un comparatisme contrasté, faisant dialoguer les Antiquisants avec les Anthropologues et les Neuroscientifiques, ce workshop propose d’analyser, au cours de différentes situations rituelles, les modalités d’action sur les sens, la manipulation de l’expérience sensorielle – pouvant aller de l’exacerbation à la privation d’un ou plusieurs sens – en s’appuyant sur une diversité de sources textuelles, archéologiques, iconographiques ou ethnographiques.

Les discussions porteront notamment sur les thématiques suivantes :

les origines de la régulation des phénomènes sensoriels : qui fixe les normes, les seuils de tolérance ? Quelle(s) autorité(s) en exerce(nt) le contrôle ? Ces limites autorisées relèvent-elles de la loi, de la tradition ou des usages ? Comment s’opère ce contrôle ?

– les dispositifs créés : comment sont-ils mis en place ? Quels sont les effets recherchés ? Que cherche-t-on à contrôler et pourquoi? Agit-on sur un seul sens ou plusieurs en même temps selon les besoin de la procédure ? On s’interrogera en particulier sur la matérialité et les affordances des objets, produits et substances utilisés : d’où tirent-ils leur capacité à agir sur le sensorium et l’état affectif des participants au rituel ? On envisagera le cas des situations rituelles qui visent à provoquer chez le fidèle un état de conscience modifié, induit par des substances aux propriétés spécifiques.

– la disponibilité du fidèle : comment le fidèle perçoit-il les modifications sensorielles au cours de la procédure rituelle dont il est acteur et/ou spectateur ? En quoi son expérience individuelle diffère-t-elle ou non de celle du reste de la collectivité ? Une distinction avec les spécialistes du religieux s’établit-elle alors dans les « façons de ressentir » ? On envisagera alors les facultés cognitives sollicitées dans l’expérience : la modification de la perception sensorielle est-elle un mode d’accès à une forme de vérité ou de connaissance ? S’agit-il d’un moyen de communication privilégié avec l’invisible ?


Lieu(x) :
Maison de la Recherche - Salle D155

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