Patrimoine Littérature Histoire - Colloque international « L’événement révolutionnaire et ses figures emblématiques dans les littératures européennes : regards croisés »

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Colloque international « L’événement révolutionnaire et ses figures emblématiques dans les littératures européennes : regards croisés »

du 11 avril 2018 au 13 avril 2018

Colloque organisé dans le cadre du réseau de recherche « Cultures européennes – identité européenne ? » (Bonn, Florence, Fribourg, Paris IV-Sorbonne, Salamanque, St. Andrews, Sofia, Toulouse-Jean Jaurès, Varsovie).
Comité d’organisation : Fabienne Bercegol, Jean-Yves Laurichesse, Patrick Marot, Isabelle Serça.
Événement labellisé ESOF 2018.


L’histoire moderne de l’Europe est jalonnée de convulsions politiques, depuis les révolutions anglaises du XVIIe siècle jusqu’à la révolution espagnole de 1936, en passant par la Révolution française, les révolutions européennes du XIXe siècle, les révolutions russes de 1905 et 1917 : autant d’épisodes violents qui ont transformé en profondeur les institutions, les structures sociales, l’économie, les mentalités.

L'idée de révolution, de fait, est dans une large mesure liée à la modernité – une modernité pensée comme l’investissement par des formes et des forces nouvelles d’un ordre ancien (politique, religieux, idéologique) qu’elles font craquer violemment. Le modèle révolutionnaire, pour autant, a semblé ne plus devoir être à l’ordre du jour d’un Occident largement mondialisé. Significativement, la notion de « post-modernité » (développée par Jean-François Lyotard) a été pensée en lien avec l'affaiblissement contemporain de l'imaginaire révolutionnaire, à la suite de la fin de la guerre froide, et dans le domaine de l’esthétique en lien avec le reflux des problématiques de l’avant-gardisme. Dans une époque détachée du politique, méfiante à l'égard des idéologies, la révolution ne pourrait plus être l'inusable mot d'ordre des métamorphoses successives de l'humanisme moderne.

Et pourtant, il est évident que la révolution, aujourd’hui encore, reste un paradigme et un imaginaire fortement opératoires. Outre qu’ils peuvent configurer – peut-être fallacieusement d’ailleurs – notre lecture de certains événements contemporains, comme on l’a vu lors des « printemps arabes », ils refigurent rétrospectivement notre histoire culturelle. La mémoire collective a en effet retenu certains événements fondateurs, certaines figures emblématiques dont la littérature s’est saisie à son tour, parfois dans la chaleur de l’actualité, plus souvent avec la distance du temps. Elle a ainsi fortement contribué à les inscrire dans un légendaire européen contrasté, noir ou lumineux, enthousiaste ou révulsé, mais toujours passionné. De plus, loin de rester confiné dans les frontières nationales, l’écho des révolutions s’est propagé à travers l’Europe entière – et souvent au-delà –, de sorte que c’est l’ensemble des littératures européennes qui a pu leur servir de caisse de résonance, multipliant les modulations en fonction des histoires et des cultures nationales.

La révolution, où qu’elle ait été produite ou imaginée sur le Vieux continent puis dans le monde, est indissociable d'une illumination qui dissipe les ténèbres et réconcilie la littérature avec une visée de vérité : récusant les nihilismes mêmes qui contribuent à l'alimenter, la révolution érige l'entreprise esthétique en icône d'une totalité retrouvée. Mais cette puissance fait aussi la fragilité de l'idée de révolution, menacée qu'elle est tant par ce qu'elle entend ruiner que par ce dont elle est elle-même porteuse et qui l’expose aux démentis et aux déceptions. Car de même que l'anti-modernité est une facette de la modernité, l'anti-révolution ou la contre-révolution sont des aspects de la révolution, retournant cette plénitude et dénonçant la vacuité possible de l'illusion révolutionnaire.

Il s’agira donc d’interroger les regards croisés des différentes littératures sur les grands événements et les figures majeures des révolutions européennes, pour saisir en quoi et comment ils contribuent à faire vivre l’Histoire dans l’imaginaire, mais aussi à en faire l’objet d’une pensée critique.