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Chrétiens contre Philosophes : autour de Loménie de Brienne. Eclairages nouveaux sur une histoire tronquée

du 25 mai 2016 au 27 mai 2016

Colloque organisé par Hélène Cussac et Jean-Noël Pascal (Université Jean Jaurès-PLH-ELH) avec la collaboration de Bernard Callebat (Faculté de droit canonique de Toulouse CERES/ICT)

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Présentation et Programme

Même si la vulgate scolaire a réduit le XVIIIe siècle littéraire aux seules « Lumières » philosophiques, on sait mieux aujourd’hui que l’époque fut riche de plus d’un débat acharné entre ceux qu’on appelle les Philosophes des Lumières et la constellation hétéroclite de leurs adversaires, au premier rang desquels les apologistes chrétiens, qui s’ils furent à peu près tous des ennemis de la Philosophie ne furent pas pour autant tous des ennemis des Lumières. Cette réalité, largement occultée par une histoire de la littérature et de la pensée qui l’a manipulée au gré de ses intérêts politiques et idéologiques dès après la Révolution, devrait pouvoir désormais connaître la description nuancée susceptible de préluder à son intégration dans le discours de l’école, à tous les niveaux, en commençant bien sûr par celui de l’Université où, quand on la risque, on ne sort guère encore — sous l’effet d’un héritage idéologique dont la conscience n’est pas toujours claire — de l’aspect anecdotique, alors qu’il s’agit de questionner des clivages profonds et essentiels.

Le temps nous offrant une prise de distance toujours nécessaire, il s’agira de mener une réflexion qui nous permette de souligner le fait que les Lumières ne s’installèrent pas de façon aussi aisée qu’on pourrait le penser dans le paysage culturel et politique du temps et que, par ailleurs, leur ancrage y demeura souvent fragile.
Proches parfois, et plus qu’il n’y paraît, – il a déjà été possible d’étudier, à Toulouse en 2006, le cas de Le Franc de Pompignan, lors d’un colloque demeuré inédit –, les Philosophes (auxquels on dénia longtemps ce nom) et leurs adversaires se livrèrent une interminable guère de publications pour tenter de manipuler une opinion lente à prendre parti pour l’un ou l’autre des deux camps…
Les anti-Lumières, ennemis mais parfois pourtant proches des Lumières, ont été en très grande partie effacés de l’histoire littéraire. Pourtant, ils ont produit toute une littérature d’idées qui parfois compose avec celle des Lumières, souvent s’y oppose avec vigueur ; qui subit aussi son influence en terme d’argumentation, ou qui s’en empare avec habileté, que ce soit sur le plan des idées (pensons à Rousseau qui fut abondamment instrumentalisé par la littérature apologiste et aux tentatives nombreuses, sans doute même vues avec sympathie par l’auteur lui-même, de présenter, dès les années 1760, un « Voltaire chrétien » appelé à une longue destinée éditoriale pendant la première moitié du XIXe siècle), ou sur le plan lexical (la littérature apologiste sut faire un très bon profit de bien des mots favoris des Lumières). Dans cette lutte idéologique, qui s’incarne en Voltaire mais ne se limite évidemment pas à sa figure majeure, chacun des apologistes, du plus modéré (l’abbé Trublet) au plus enthousiaste (l’abbé Lambert), tient bien son rang dans l’opinion publique. La plupart sont érudits, sont au fait de l’actualité littéraire et scientifique, écrivent dans les gazettes et journaux, ont souvent une fonction éminente dans le monde des Belles-Lettres, sont parfois des plumes de talent (Fréron, Palissot), deviennent d’autres fois académiciens (Pompignan, Brienne, Trublet…), fréquentent les mêmes salons, sont même étonnamment proches des Philosophes, en épousent certaines idées (Brienne), finissent par devenir des transfuges d’un camp ou d’un autre.
Brienne (1727-1794), évêque de Condom puis archevêque de Toulouse, est l’exemple même de l’ecclésiastique proche des Lumières – il était ami de Turgot et de d’Alembert –, dont l’action sur le plan religieux parut de peu de zèle, au point que l’opinion baptisa Antimoine celui qui fut au cœur de la Commission des Réguliers, et qui louvoya sans cesse entre les deux univers, sans perdre pour autant de vue une restauration de l’Eglise bien plus que la destruction qu’on eut tendance à lui imputer parfois. C’est à partir de cette figure complexe et emblématique, se situant entre philosophie des Lumières et apologistes chrétiens, que nous nous proposons d’éclairer la dialectique permanente entre eux et que nous efforcerons de revisiter l’histoire littéraire du XVIIIe siècle, ou du moins d’en explorer l’envers.
Car si la frontière entre les Lumières et les anti-Lumières fut parfois grande, d’autres fois il n’en fut rien ; la fréquentation des hommes et des textes fit naître une véritable dispute, au sens ancien du mot ; fit naître aussi tout un pan de littérature encore mal exploré. Romans édifiants opposés aux idées des Lumières, essais apologétiques ou philosophiques contre les Lumières, poésies religieuses ouvertement apologétiques, et même pièces de théâtre ridiculisant les Philosophes (Palissot) trouvaient leur lectorat, parfois plus facilement que les ouvrages des plumes, fameuses ou non, de la Secte.
Depuis une vingtaine d’années, de riches travaux ont mis en perspective cette histoire. Ils verront un aboutissement majeur dans le Dictionnaire des anti-Lumières, dirigé par Didier Masseau (Prof. émérite de l’Univ. de Tours), qui sera publié chez Champion prochainement.
Notre problématique, s’inscrivant dans la continuité de ces travaux, a l’objectif d’interroger cette littérature et de réfléchir à la place à lui donner éventuellement dans une histoire littéraire renouvelée pour souligner plus justement le progrès des Lumières, et la dimension de ce contre quoi les philosophes estimèrent devoir lutter.

Programme

 

Mercredi 25 mai, MSH Université Jean Jaurès
(Salles D 29 le matin et salle D31 l’après-midi

Matinée : Loménie de Brienne : un réformateur ambigu ?

8H30-9H : Accueil des participants

9H : Ouverture du colloque

Modération :Jean-Noël Pascal
(Université Toulouse Jean Jaurès)

9H30 : Conférence plénière par Didier Masseau (Université François Rabelais-Tours): «Le rôle de Loménie de Brienne dans les Assemblées du clergé»

10H30 : Pause

11H :

Huguette Krief (Université de Provence)

«"Altri tempi, altre cure" : le prêtre dans la cité ou les paradoxes de Loménie de Brienne sous la Révolution française.»

11H30 :

Jean-Jacques Tatin-Gourier (Université François Rabelais-Tours) :

« Condorcet à la rescousse de Loménie de Brienne réformateur »

12H :

Marcel Dorigny (Université Paris 8 – Saint-Denis) :

« Loménie de Brienne ministre des finances »

12H30 : Discussions - Déjeuner

Après-midi : Loménie de Brienne : le politique et le littéraire

Modération : Jean-Jacques Tatin-Gourier
(Université François Rabelais-Tours)

14H30 :

Catriona Seth (Université de Lorraine et Université d’Oxford) :

« Le départ du Ministère de Loménie de Brienne (août 1788) »

15H30 :

Nicolas Brucker (Université de Lorraine-Metz) :

« Loménie de Brienne contre les mauvais livres : vers une union des deux puissances.»



16H : Discussions - Pause

Modération : Huguette Krief (Université de Provence)
16H30 :
Jean-Noël Pascal (Université Toulouse Jean Jaurès) :

« Loménie de Brienne et les jeux floraux »

17H :

Geneviève di Rosa (ESPE-Université Paris IV Sorbonne):

«Le Mandement de Carême de Loménie de Brienne : étude d'un genre pastoral revisité par un ami des Philosophes des Lumières »



Soirée libre

Jeudi 26 mai : Lieu : Institut Catholique de Toulouse, Amphithéâtre Bruno de Solages.

Matinée : Autour de Loménie de Brienne - 1

8H30 : Ouverture de la journée à l’ICT
Modération : Didier Masseau
(Université François Rabelais-Tours)

9H :

Guillaume Bernard (Institut catholique d’Études supérieures de la Roche-sur-Yon) :

« La philosophie pénale d’un anti-Lumières prisonnier de la modernité : Pierre-François Muyart de Vouglans »

9H30 :

Sonia Cherrad (MSH Université de Lorraine ) :

« Mme Le Prince de Beaumont ou l'apologie dans un esprit philosophique »


10H : Discussions + pause
Modération : Guillaume Bernard
(Institut catholique d’Études supérieures de la Roche-sur-Yon)

10H30 :

Bernard Callebat (Faculté de Droit canonique de Toulouse) :

« La réforme de l'Etat monarchique. Les propositions d'un prélat anti-Lumières, Mgr Alexandre Lauzières de Thémines »

11H :

Sylviane Albertan-Coppola (Université de Picardie Jules Verne-Amiens)

« Claude Yvon, théologien et encyclopédiste »

11H30-12H :

Jacques Carral ( Académie de Montauban )

« Jean George, l’autre Pompignan, héraut des anti-philosophes »



12H : Discussion-Déjeuner
Après-midi : Autour de Loménie de Brienne - 2

Président de séance : Bernard Callebat
(Faculté de Droit canonique de Toulouse)

14H30 :

Guy Astoul (Université Toulouse Jean Jaurès) :

« Jean-George Lefranc de Pompignan, un partisan engagé des réformes politiques dans les années 1788-1789 »

15H :

Jean-Philippe Grosperrin
(Université Toulouse Jean Jaurès)

« “J’en appelle à l’exemple de la Reine” : l’apologétique de Jean George Lefranc de Pompignan dans l’Oraison funèbre de Marie Leszczynska »



15H30 : Discussions-Pause

16H : Visite commentée du Musée de l’ICT

20H : Dîner du colloque


Vendredi 27 mai : Salle Clémence Isaure, Hôtel d’Assezat


Matinée : Autour de Loménie de Brienne - 3

9H : Ouverture de la matinée par Yves Le Pestipon
Modération : Catriona Seth
(Université de Lorraine et Université d’Oxford)

9H30 :

Sébastien Charles (Université de Sherbrooke-Québec)

« Le fatalisme au siècle des Lumières : les « anti-philosophes » et le Système de la nature»

10H30 :

Jean-Michel Racault (Université de La Réunion)

« Déisme, théisme ou christianisme : les ambivalences de la religion de Bernardin de saint-Pierre ».

11H : Discussions - pause

11H30 :

Hélène Cussac (Université Toulouse Paul Sabatier) :

« Que reste-t-il de l’anti-philosophie dans l’histoire littéraire des Lumières ? »

12H :

Synthèse du colloque et Conclusion par H. Cussac, J.-N. Pascal et B. Callebat

12H30 : Clôture du colloque










Contact :
Hélène Cussac
Lieu(x) :
25/05: Maison de la Recherche, D29, D31 (U2J); 26/05: Institut Catholique de Toulouse, Amphithéâtre Bruno de Solages  et 27/05: Salle Clémence Isaure, Hôtel d’Assezat
Partenaires :
Laboratoire Patrimoine Littérature Herméneutique (PLH-ELH)
Unité de Recherche CERES / Institut Catholique de Toulouse (ICT)
Société française d’étude du dix-huitième siècle (SFEDS)

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