Chateaubriand et le récit de fiction : héritages, ruptures et postérité

Publié le 6 février 2010 Mis à jour le 4 juillet 2018
du 30 mars 2011 au 1 avril 2011

Colloque international organisé par l'équipe Littérature et Herméneutique (PLH-ELH), Université Toulouse II

les mercredi 30 mars, jeudi 31 mars, vendredi 1er avril 2011

Responsables scientifiques : Fabienne Bercegol, Pierre Glaudes

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L'objectif de cette journée d'étude et de ce colloque est de remettre au cœur de
l'actualité critique les premières fictions de Chateaubriand, Atala, René, Les Natchez, Les Martyrs, Les Aventures du dernier Abencérage, qui ont longtemps été négligées au profit de ses dernières œuvres, les Mémoires d'outre-tombe et la Vie de Rancé, jugées plus modernes dans leur écriture du moi et de l'histoire. Des éditions régulières des fictions de Chateaubriand ont pourtant rappelé, au moins pour Atala et pour René, les enjeux historiques et idéologiques majeurs qu'elles illustraient, en mettant en avant le contexte de crise des Lumières et
l'inspiration sauvage qui avaient présidé à leur naissance, et en
s'interrogeant sur la signification religieuse de ces textes un temps rattachés
au projet apologétique du Génie du
christianisme
. En parallèle à ce travail d'édition, quelques essais et
quelques journées d'étude sont venus souligner la nouveauté d'une écriture qui
a fait scandale par sa mise en scène du désir amoureux et ont invité à relire
ces premières œuvres en leur restituant leur potentiel subversif.

            Prolongeant la dynamique créée par ces travaux, et tout particulièrement par l'édition en cours des uvres complètes de Chateaubriand, cette journée d'étude et ce colloque proposent d'examiner la poétique de ses récits de fiction, d'en faire apparaître les grands axes, mais en les replaçant dans l'histoire des genres épique et romanesque, qu'ils prolongent ou qu'ils bousculent tout en leur ouvrant de nouvelles perspectives narratives. On sait l'importance de la mémoire livresque dans la composition
des œuvres même les plus intimes de Chateaubriand, qui récrit bien souvent
autant qu'il écrit. C'est cette part de l'héritage qu'il importe de continuer
d'explorer. On pourra certes s'intéresser aux auteurs qui ont profondément
influencé l'imaginaire romanesque ou épique de Chateaubriand, en redonnant
toute leur place, à côté des modèles avoués, à ceux dont l'auteur du Génie préfère dissimuler la trace dans
son œuvre (les écrivains du XVIIIe siècle notamment, par exemple
l'abbé Prévost et Diderot). On sera surtout attentif à la manière dont
Chateaubriand s'approprie des genres à la mode - là encore sans forcément
le reconnaître - et dont il en assure la postérité, tout en
l'infléchissant. Ainsi serait-il sans doute pertinent de faire le point sur sa
dette à l'égard du roman sentimental, du roman noir, du roman historique, du
roman pastoral, mais aussi du récit utopique, afin de montrer ce qu'il assume
et ce qu'il renie dans cette tradition. De ce point de vue, il pourra être
utile de s'arrêter sur les textes théoriques (préfaces, examens, etc.) dans
lesquels Chateaubriand expose les grandes lignes de son esthétique, en la
situant par rapport à ces modèles et en la confrontant au discours critique
contemporain.

Nourri par cette littérature avec laquelle il entre en dialogue, parfois polémique, en composant
des récits fictionnels, Chateaubriand est devenu à son tour l'un de « ces
maîtres suprêmes » que l'« on renie », contre lesquels « on
se révolte », que l'on « accuse d'ennui, de longueur, de bizarrerie,
de mauvais goût, en les volant et en se parant de leurs dépouilles » (Mémoires d'outre-tombe, livre XII).
C'est pourquoi il faut aussi regarder vers tous ceux qui, au XIXe et
au XXe siècles, se sont débattus « en vain sous [son]
joug » et qui ont trouvé dans ses fictions un imaginaire, un style, des
personnages, et plus généralement, un art du récit qui les ont profondément
marqués : des communications sur la lecture des fictions de Chateaubriand
par Hugo, Stendhal, Flaubert, Sainte-Beuve, Barbey d'Aurevilly, Huysmans, etc.
seraient particulièrement bienvenues. Afin de renouveler l'examen de la
réception des œuvres de Chateaubriand, il serait souhaitable de privilégier
l'étude de la fortune des modèles génériques qu'il a laissés, celle, par
exemple, de ce que l'on a appelé le roman personnel, souvent construit sur le
schéma d'une confession rétrospective, à la manière d'Atala ou de René.