Barbey polémiste

Publié le 25 mars 2008 Mis à jour le 4 juillet 2018
du 26 mars 2008 au 28 mars 2008

Resp. : Pierre Glaudes

Programme

Comité scientifique

Philippe Berthier, Andrea Del Lungo, Joël Dupont, Pierre Glaudes, Marie-Catherine Huet-Brichard, Marie-Françoise Melmoux-Montaubin, Cécile Rumeau, Caroline Sidi.

« L'histoire de la polémique à notre époque est l'histoire même du journalisme. » C'est sur cette vision d'un xix e siècle polémique par excellence que Pierre Larousse conclut l'article qu'il consacre à cette notion : un siècle fécond en batailles de mots et d'idées, qui trouvent dans la presse - alors en pleine expansion - un vecteur privilégié et une caisse de résonance sans précédent.

Comme beaucoup d'écrivains de l'époque, Barbey se jette dans l'arène avec une fougue et une endurance qui le distinguent, et qui lui valent, entre autres, la réputation d'Éreinteur que l'on sait. C'est sans doute précisément cette image de l'Éreinteur qu'une réflexion sur la polémique permettra d'affiner : en dégageant, à côté de la posture du bruyant pamphlétaire, celle d'un écrivain qui discute, argumente et questionne un certain nombre de pratiques et de valeurs selon une démarche dialogique, dynamique et constructive. Or cette démarche, sans rien perdre de sa véhémence ou de son intransigeance, n'est ni sans évolutions ni sans nuances, ce qui la rend d'autant plus intéressante à observer.

Afin de mieux cerner l'importance, les spécificités et les enjeux de la polémique aurevillienne, nous nous proposons de travailler la question selon les axes suivants :

- la place de la polémique dans l'activité critique aurevillienne : cette place est essentielle - comme il est naturel dans une critique qui affiche ses intentions offensives -, si essentielle que la polémique se rencontre parfois où l'on ne l'attend pas. Pour autant, cette place n'est pas exclusive, la critique aurevillienne s'accomplissant aussi dans l'éloge, dans l'hommage, dans l'admiration et la consécration.

- les ressorts ou les soubassements réels et imaginaires de cette attitude et de cette activité polémiques : la guerre des générations, les batailles littéraires ; l'assimilation imaginaire du champ littéraire à un vaste champ de bataille ; la solitude réelle ou fantasmée de Barbey, qui se pose en « chouan de la critique » et s'érige en dernier rempart d'une littérature menacée de toutes parts.

- les cibles ou les adversaires   (individuels, collectifs, institutionnels) de la polémique aurevillienne, et les différents domaines (littérature, histoire, religion, politique, société) dans lesquels elle s'exerce. Ces adversaires et ces domaines donnent en effet la mesure d'un véritable activisme critique et invitent à réfléchir sur l'extension considérable du champ du débat, qui finit par englober l'ensemble des contemporains   et des questions d'actualité.

- les objets privilégiés de la polémique aurevillienne, c'est-à-dire les questions essentielles qui la requièrent, et qui, par leur récurrence, tirent cette polémique du côté d'une vaste tentative critique de redéfinition globale de la littérature et de l'activité critique. On prêtera notamment attention aux contradictions de Barbey et à la constitution d'une éthique personnelle, dont on se demandera s'il est possible de la réduire à l'unité d'une posture de catholique traditionaliste ou de polémiste antimoderne.

- les   formes et les modalités de la polémique aurevillienne, aussi bien sur le plan des microstructures que de la macrostructure textuelle : recours à l'apostrophe, forme dialogique, registre oratoire confinant parfois au sermon ou à l'homélie, lettres ouvertes, « duels épistolaires », etc.

- l' articulation de l'attitude ou du genre de la polémique avec d'autres dimensions que Barbey  revendique : la fantaisie, la légèreté, le jeu, la fiction...Comment réussit-il à concilier ces différentes postures ? En quoi l'écriture fictionnelle, en particulier, peut-elle être également versée au compte de la polémique ?