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Territoires autobiographiques : récits-en-images de soi

Colloque organisé par Philippe Maupeu (PLH-ELH) et Olivier Leplâtre (Lyon 3)

Ce colloque prolonge la réflexion entamée lors de la Journée d’études organisée le 31 janvier 2014 sur le même sujet (participants : Anne-Cécile Guilbart (Poitiers), Olivier Leplâtre (Lyon III), Mireille Dottin-Orsini, Christophe Imbert, Mireille Raynal). Il s’agit d’interroger le statut de l’image (plastique) au sein de l’écriture de soi, à des époques et à travers des médiums divers,
 
  • -en (re)mettant à l’épreuve, comme modèle heuristique, le pacte autobiographique jadis posé par Philippe Lejeune, et la définition contractuelle et rhétorique de l’écriture de soi qu’il suppose ;
 
  • en pensant une représentation de soi qui soit hybride, mixte de texte et d’image, non « monodique », aux contours génériques incertains, une représentation de soi qui soit aussi imagée, imaginée, fantasmée, non soluble dans le « concept intermédiaire » (Genette) qu’est l’autofiction.
 
Telle réflexion, éminemment actuelle. L’image, qu’elle soit peinte, graphique, photographique, filmique, paraît en effet entretenir aujourd’hui des relations privilégiées, parfois houleuses et conflictuelles, avec l’écriture de soi. La photographie est souvent présente dans les récits autobiographiques pour sa valeur testimoniale, et certaines collections éditoriales sont dédiées à des œuvres « multimédiales » jouant sur l’interaction entre visible et lisible, image et texte. La bande dessinée autobiographique, née au Japon puis aux Etats-Unis dans les années 1970, connaît depuis les années 90 un véritable essor en France, de David B. à Fabrice Neaud. On ne compte plus les blogs et journaux photographiques et numériques en ligne. Le suffixe graphein – à la fois écrire et peindre – retrouverait ainsi toute son ambiguïté fertile dans ces œuvres autobiographiques mixtes, où l’identité de soi s’affermirait dans la concordance des arts. Mais l’étymologie n’est-elle pas trompeuse, et l’homonymie ne recouvrerait-elle pas plutôt deux gestes, se peindre et se raconter, en réalité inconciliables ? Si la photographie, écrit Daniel Grojnowski, est bien « médiatrice de fable », le rapport de celle-ci à la vérité est toujours problématique, et on sait combien Christian Boltanski ou Sophie Calle ont joué de cette indécision. L’image (photo-)graphique en miroir du je-écrivant, ouvre un entre-deux au sein du sujet : expérience réflexive de l’altérité à soi, ou échappée vers la fiction ?

Nous proposons de ré-ouvrir ces questions, largement débattues dans le champ photographique, dans une chronologie large du Moyen Age à nos jours, et d’interroger, dans la diversité des époques, des médiums et des techniques, les modalités, les usages et les finalités du récit-en-image de soi. Quelques thèmes de réflexion sont privilégiés :
 
  • nature de l’altérité creusée par l’image, entre réflexivité et fiction, entre écho et dissemblance ;
  • mediums et territoires autobiographiques, du manuscrit d’auteur à la performance plasticienne, dans la variété des dispositifs techniques, symboliques et institutionnels (au cœur ou en marge des institutions) ; on distinguera également l’image conçue et/ou réalisée par l’autobiographe de la mise en images a posteriori de textes autobiographiques (telles les éditions Dalibon des Confessions de Rousseau) ;
  • sérialité / chronicité / narrativité des images (du Trachtenbuch de Matthäus Schwartz à l’œuvre d’Opalka) ;
  • polyrythmies et « polychronies » de l’écriture-en-image-de-soi : quand l’image trouble la continuité et la linéarité temporelle et narrative, l’ouvre à la diffraction, à l’éclatement, au montage, à la résonance harmonique, au retour étrange du même, ou au creusement de la différence ;
  • statut rhétorique de l’image comme preuve et témoignage dans les schèmes éthico-narratifs persistants que sont les récits de conversion ;
  • image comme lieu rhétorique de l’individualisation, dans le cadre d’une « topique partagée » (avec le lecteur) ; dans le cadre aussi d’une mise en valeur de l’espace comme mise en situation de soi et modalité de sa compréhension (tels les croquis, plans, esquisses de territoires que l’on trouve dans La Vie de Henry Brulard) : l’image est ainsi une voie pour déplacer voire déconstruire le principe de l’autobiographie comme récit ;
  • ouverture par l’image à un imaginaire de soi que le texte n’est pas en mesure de montrer : fantasmes, scènes oniriques, dérives psychiques… ; l’image vient défaire, critiquer, ouvrir, disperser, déchirer, déplier le Je autobiographique, et éluder l’assignation du Je qui s’inscrit dans l’autobiographie et la signe.

La liste n’est pas exhaustive.
La voix parlant à travers (per-sonat) le masque (persona) des images et les reliant dans le fil continu d’un récit les restitue à leur épaisseur temporelle : elle vient heureusement troubler autant qu’élucider l’identité du sujet et en manifester la substantielle opacité, à l’heure où les images en réseau flottent en surface du présent et où l’image de soi tend à s’assujettir à un hégémonique « impératif de visibilité » (N. Heinich).


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