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Le rôle des bibliophiles dans la promotion d’un panthéon « L’histoire littéraire en mode littéraire alternatif au XIXe siècle »

du 15 octobre 2015 au 15 janvier 2016

appel pour le colloque du 14-15 octobre organisé par Marine Le Bail pour le SERD, PLH et la BNF

Cet appel à communication a lieu dans le cadre d'un colloque qui se tiendra le 14-15 octobre à la bibliothèque de l'Arsenal à Paris. Les propositions de contributions sont attendues pour le 15 janvier 2016 (une page environ). Elle sont à adresser à Marine Le Bail
 
Comité scientifique

Bruno Blasselle et Eve Netchine (directeur et directrice adjointe de la bibliothèque de l’Arsenal), José-Luis Diaz (professeur émérite Paris-VII), Jean-Yves Mollier (professeur d’histoire contemporaine à l’université de St-Quentin), Daniel Sangsue (professeur de littérature française à l’université de Neuchâtel), Jean-Didier Wagneur et Laurent Portes (BnF), Marine Le Bail (doctorante UT2J / CRD Arsenal).

Argumentaire scientifique

            Ainsi que le professait Jean Viardot dans un article fondateur consacré aux « nouvelles bibliophilies » qui émergent à la suite des bouleversements induits par la Révolution Française, le début du XIXe siècle marque l’avènement de pratiques de collection spécialisées, axées sur la recherche systématique de la rareté, de la singularité, rompant avec le modèle de l’Ancien Régime, à la fois universaliste et aristocratique. Le caractère désirable de l’exemplaire de collection réside désormais, aux yeux du bibliophile, dans sa non-adéquation au système de valeurs érigé en norme par un secteur éditorial en voie d’industrialisation, où l’exigence de plaire à un lectorat élargi et démocratisé contribue à l’uniformisation de la production.

            C’est donc un regard tout à fait spécifique que le bibliophile dix-neuviémiste est amené à porter sur l’histoire littéraire : un regard de collectionneur qui, aux figures consacrées du panthéon littéraire, préférera volontiers les auteurs singuliers, méconnus, ou marginalisés par les discours institutionnels. Toutefois, cette transposition de critères de sélection opératoires au sein du champ bibliophilique dans le domaine de l’histoire littéraire ne se fait bien évidemment pas sans tensions ni contradictions, et devra être interrogée.

            On s’intéressera en particulier aux modalités selon lesquelles les bibliophiles investissent d’une légitimité paradoxale des auteurs dont le caractère marginal, contesté, voire le manque assumé de valeur littéraire, se trouve revendiqué, dans un renversement hiérarchique complet, tendant à aboutir à une « contre-histoire » littéraire. D’où la « panthéonisation » paradoxale d’auteurs « oubliés » ou « dédaignés » (Charles Monselet) par les instances de légitimation du champ littéraire, au profit de figures singulières, choisies aussi bien dans les siècles passés que dans le vivier des auteurs contemporains.

            Les propositions de communication pourront s’inscrire dans l’un des axes détaillés ci-dessous.

 

Axes de réflexion :

1.     Le bibliophile-collectionneur, pour un panthéon littéraire singulier :

 

Le geste du collectionneur suppose une forme de sélection souveraine, puisqu’il s’agit de ne retenir, parmi les innombrables titres manuscrits ou imprimés disponibles, qu’une certaine catégorie d’exemplaires. À cet égard, les omissions du bibliophile peuvent se révéler tout aussi significatives que ses préférences, et nous renseigner sur les auteurs ou les types d’œuvres les plus systématiquement retenus. Il est possible, par exemple, de reconstituer la chronologie du goût bibliophilique et ses évolutions entre le premier tiers du XIXe siècle et la Belle-époque en étudiant certaines collections spécialisées, comme la bibliothèque de brochures révolutionnaires de G. de Pixérécourt (1773-1844), ou la collection de petits romantiques de Charles Asselineau. Les catalogues de vente constituent de ce point de vue des sources d’investigation privilégiées : on pourra avec profit se pencher non seulement sur la composition des titres collectionnés, mais également sur les notices descriptives qui les accompagnent et qui, souvent, permettent de reconstituer le système d’évaluation à l’origine des choix effectués ; des adjectifs tels que petit, inconnu, ou curieux se chargent ainsi chez Nodier, dans les Mélanges tirés d’une petite bibliothèque (1829), d’une signification tout à fait positive. Enfin, on pourra s’intéresser à l’élargissement progressif des types de matériaux et de documents collectionnables, ce qui contribue à rendre poreuses et mouvantes les frontières du domaine bibliophilique proprement dit : les Goncourt font d’ailleurs de cet éclectisme formel, qui fait cohabiter sur les étagères de leur bibliothèque dix-huitiémiste éditions illustrées, plaquettes et autographes, une véritable marque de fabrique.

 

2.     Bibliophilie et sociabilité : de nouvelles instances de légitimation ?

 

Loin de se manifester exclusivement dans le cadre de la sphère privée et individuelle, la bibliophilie devient au cours du XIXe siècle un phénomène collectif, possédant ses codes et ses références propres, et structuré par des systèmes de réseaux. Des salles des ventes aux établissements des grands libraires parisiens (Techener dans les années 1830, plus tard Auguste Fontaine par exemple), en passant par les bouquinistes des quais, les bibliophiles ne cessent de se rencontrer et d’échanger leurs vues, permettant ainsi l’élaboration d’un système de valeurs propre à leur communauté, souvent en décalage avec les prédilections du commun des liseurs. Le développement des sociétés de bibliophilie, dont la Société des bibliophiles françois, fondée en 1820, représente le modèle inaugural, doit retenir à cet égard toute notre attention : comment la progressive institutionnalisation de ces associations qui se dotent de statuts et de calendriers contraignants contribue-t-elle à en faire de nouvelles instances de légitimation en termes d’histoire littéraire ? Le foisonnement fin-de-siècle de sociétés telles que celle des Amis des livres (Eugène Paillet), celle des Bibliophiles contemporains puis indépendants (Octave Uzanne), ou des Cent bibliophiles (Pierre Dauze), pourrait être étudié dans cette perspective.

 

3.     Le bibliophile critique-historien dans le monde de la presse :

 

Les auteurs bibliophiles sont nombreux à collaborer à des périodiques qui leur donnent l’occasion de faire œuvre de critique, mais également d’historien. On peut penser à Charles Nodier dans certaines pages du Bulletin du bibliophile, ainsi qu’à Charles Asselineau dans le cadre de la Revue anecdotique. La forme brève et discontinue induite par le support journalistique encourage en effet la rédaction de portraits ou de courts récits, à l’exemple de la galerie des Illuminés nervaliens ou des Excentriques de Champfleury, parus la même année (1852) et d’abord publiés sous forme d’articles. C’est donc une autre histoire littéraire que les journalistes-bibliophiles semblent dès lors esquisser : une histoire fragmentaire et morcelée, volontiers déclinée sous la forme de courtes monographies placées sous le signe de l’excentricité. C’est l’occasion pour certains bibliophiles de jouer un rôle actif dans la redécouverte, et parfois la réhabilitation, de minores et de figures marginales souvent puisés dans les XVIIe et XVIIIe siècles. L’alliance entre presse et bibliophilie devient par ailleurs plus nette lorsqu’on en vient, dans les dernières décennies du siècle, à des revues conçues et réalisées par des amateurs, à destination d’un public de connaisseurs : Le Livre de Quantin, le Conseiller du bibliophile de Grellet ou encore la Revue biblio-iconographique. Les amateurs de livres s’impliquent alors volontiers dans ces revues-manifestes qui, à l’instar de La Plume, sont susceptibles de devenir le vecteur privilégié d’une histoire littéraire et artistique avant-gardiste.

 

4.     L’édition à l’heure de la bibliophilie, de l’esthétisation du support à la valorisation littéraire :

 

Tournant le dos à l’édition de masse, de plus en plus nettement caractérisée par sa soumission à de stricts impératifs de rentabilité, les bibliophiles se plaisent enfin à créer des objets livresques uniques dont la qualité typographique vient garantir la valeur littéraire. Beauté du texte et beauté du support semblent dès lors aller de pair, au point que tous les procédés de valorisation propres au système éditorial contemporain– qualité du papier et de la composition typographique, finesse des illustrations, faibles tirages – se trouvent mobilisés comme autant de facteurs de distinction. Quelle corrélation établir, dans ces conditions, entre esthétisation matérielle et promotion du contenu ? On pourra s’intéresser aux collaborations qui s’établissent entre éditeurs et bibliophiles autour de collections emblématiques, comme les « Petits classiques françois » de Nodier et Delangle au milieu des années 1820 ou la « Librairie des bibliophiles » de Jouaust, portée en partie par le bibliophile Jacob (Paul Lacroix). Un degré supplémentaire se trouve franchi après les années 1870, lorsque des éditeurs bibliophiles revendiquant une posture d’esthètes font leur apparition, à l’instar de Quantin ou de Rouveyre, dont les publications soignées sont destinées à un public choisi. Qu’il s’agisse de rééditer poètes et conteurs oubliés, ou d’offrir à de jeunes auteurs en mal de reconnaissance un espace d’expression, de telles entreprises contribuent à ériger la notion de rareté, soutenue par l’élitisme revendiqué des tirages, en critère discriminant pour l’élaboration d’une histoire littéraire alternative.

 Une bibliographie indicative est téléchargeable dans la colonne de droite.


Contact :
Marine Le Bail
Partenaires :
SERD, PLH et BNF

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