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L’homme des bois et l’homme vert. L’imaginaire de l’homme sylvestre dans la littérature et les arts

du 21 décembre 2015 au 31 mars 2016

appel à communication, dans le cadre du colloque international inter-universitaire, 26 et 27 janvier 2017, co-organisé par Sophie DUHEM, FRAMESPA (Toulouse 2 – Jean Jaurès), Cristina NOACCO, ELH/PLH (Toulouse 2 – Jean Jaurès), Christine FERLAMPIN-ACHER, Rennes 2, CELLAM (Centre d'étude des langues et littératures anciennes et modernes), Bruno BOERNER, Rennes 2, HCA (Histoire et Critique des Arts)

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Date limite de réponse, 31 mars 2016

Le colloque  aura lieu le 26 et 27 janvier 2017.
Les communications dureront 20 minutes. Une parution est prévue aux Presses Universitaires de Rennes. Les projets de communication sont à envoyer aux organisatrices accompagnés de quelques lignes de présentation (Sophie DUHEM : sduhem@wanadoo.fr
Cristina NOACCO : cnoacco@yahoo.fr)

Ce colloque international représente le dernier volet d’un projet de recherche engagé sur trois ans (2015-2017), issu de la collaboration entre quatre laboratoires interuniversitaires (les laboratoires FRAMESPA et ELH/PLH de Toulouse 2 Jean Jaurès et les laboratoires CELLAM et HCA de Rennes 2) et ayant pour objet l’étude diachronique et transdisciplinaire de la représentation de l’homme et de la femme sauvages.

Après avoir analysé les caractéristiques physiques et morales que les descriptions littéraires et iconographies du motif ont mises en scène au fil des siècles pour illustrer l’homme (et la femme) sauvage allogène (soit le représentant des habitants des confins de la terre, ou le barbare envahisseur, étranger à toute norme et civilisation) ou indigène (soit le représentant des « enfances » de la civilisation, ou l’habitant des territoires « découverts » par le voyageur-colonisateur), il s’agit à présent d’interroger des aspects spécifiques liés à l’imaginaire de l’homme sauvage : son interdépendance avec la nature « sauvage » d’une part et son caractère ambivalent et souvent instable de l’autre.

Ce questionnement suppose d’examiner en préambule la manière dont littérature et arts se sont emparés du paysage pour qualifier moralement ou spirituellement le motif. Si la forêt est souvent invoquée pour signifier l’espace ensauvagé et identifier l’homme vert, grottes primitives, montagnes, fleuves, zones désertiques ou agrestes peuvent être d’autres lieux d’habitation choisis dans les textes ou les images. Les « entre-deux », aux portes des mondes habités, ne doivent pas être négligés non plus. Leur dimension cathartique participe des lectures multiples qu’il est possible d’envisager. Le temps, les astres, les cycles, les rythmes du jour ou de la nuit enrichissent d’autres nuances les nombreuses acceptions de l’homme vert. Ces dernières peuvent être aussi confrontées à la réalité des fêtes sylvestres, anciennes et actuelles, et aux rites de passage ancestraux. L’éclairage de l’anthropologie dans les domaines du langage, des rites et des usages symboliques est essentiel au vaste champ des représentations. Enfin, reste à déterminer de quelle façon le paysage a contaminé la créature sauvage : feuilles, bois, racines, palmes, bâton écôtés, etc. font partie des attributs dont il se pare. Les mécanismes et les enjeux de sa métamorphose perpétuelle sont au cœur de ces réflexions.

Dans la littérature ancienne, Pan, personnage lubrique mi-homme mi-bouc, est l’exemple le plus représentatif de cette figure. Mais d’autres personnages le rejoignent par leur aspect (les chimères, les satyres, les monstres mi-hommes mi-bêtes) ou par leur relation avec le monde sauvage, sans que leur aspect trahisse une nature sauvage (les bacchantes).

Le séjour dans la forêt ou la nature « primitive » revêt une double fonction : on peut y lire le signe d’un ensauvagement qui obligerait l’homme à se plier à la loi de la jungle (l’enfant sauvage) et un idéal de vie en harmonie avec la nature (les ermites et les renonçants). La représentation iconographique de l’homme vert, épigone des figures mythiques de Cernunnos et de Sylvanus, qui a connu une large diffusion non seulement à travers les grotesques, mais aussi à travers les personnages littéraires des elfes et des fées, exprime à la fois l’ensauvagement contraint et l’idéal érémitique suivant des codes particuliers.

Il s’agit ici d’analyser les caractéristiques et les enjeux de la bipolarité de l’homme sauvage, tiraillé entre sa nature humaine et son lien avec le monde animal et/ou végétal, demeurant dans la forêt et vivant des produits de celle-ci.

Cette bipolarité, qu’il conviendra de déterminer, pourra être étudiée sous plusieurs angles :

- est-elle variable d’une époque à l’autre, d’une aire géographique à l’autre ?

- de quelle manière la nature animale et/ou végétale fait-elle partie de la nature physique de ces personnages ?

- y a-t-il une correspondance entre le type de référant utilisé pour décrire un homme sauvage (règne animal ou végétal) et sa nature morale (dangereuse et négative ou protectrice et positive) ?

- de quelle manière l’éventuelle instabilité du personnage est-elle mise en scène (métamorphose, déguisement, disparition) et quels enjeux entraine-t-elle ?

- quel est le rapport entre le texte et l’image, dans la réflexion méta-textuelle sur l’homme des bois et l’homme vert ?

- y a-t-il des périodes, des arts, des médias, qui se réfèrent plutôt à l’un ou à l’autre des règnes naturels (animal et végétal) concernés par l’homme sauvage ?

 

Ce projet de recherche concerne les spécialistes en Littérature française des différentes périodes (du Moyen Âge à l’époque contemporaine), en Lettres classiques, en Littérature comparée, en Littérature italienne, espagnole, anglaise, allemande etc., ainsi que les historiens de l’art et les historiens spécialistes des enjeux de représentation, les géographes et les philosophes. La linguistique pourra ajouter à l’étude de ce motif des éléments intéressants relatifs à l’histoire de la terminologie, tandis l’anthropologie et la sociologie pourront permettre d’analyser la relation entre la représentation de l’homme sauvage et son utilisation figurée dans les domaines folklorique (fêtes des ours), rituel (rites d’initiation) et religieux (saint François).

Ces questions seront abordées dans une perspective transdisciplinaire et diachronique, allant de la préhistoire (gravures et peintures rupestres) à l’âge contemporain (les aventures de Tarzan, Le livre de la Jungle…).

Les différentes communications pourront s’appuyer sur une large palette de supports (du texte littéraire à la peinture, de l’héraldique à la tapisserie, de la sculpture à l’architecture) et le transfert d’un medium à l’autre (du texte à l’image, picturale ou cinématographique, par exemple) pourra être envisagé.