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Chrétiens contre Philosophes : autour de Loménie de Brienne. Eclairages nouveaux sur une histoire tronquée.

Colloque international. Université Toulouse-Jean Jaurès. Laboratoire Patrimoine, Littérature, Histoire (Équipe Littérature Herméneutique) prévu le 25-27 mai 2016.


date limite de réponse, 30 août 2015

Les propositions de communication sont à envoyer pour le 30 août 2015 simultanément à
Hélène Cussac : elencussac@orange.fr
Jean-Noël Pascal : jmp.saprac@wanadoo.fr

Même si la vulgate scolaire a réduit le XVIIIe siècle littéraire aux seules « Lumières » philosophiques, on sait mieux aujourd’hui que l’époque fut riche de plus d’un débat acharné entre ceux qu’on appelle les Philosophes des Lumières et la constellation hétéroclite de leurs adversaires, au premier rang desquels les apologistes chrétiens, qui s’ils furent à peu près tous des ennemis de la Philosophie ne furent pas pour autant tous des ennemis des Lumières. Cette réalité, largement occultée par une histoire de la littérature et de la pensée qui l’a manipulée au gré de ses intérêts politiques et idéologiques dès après la Révolution, devrait pouvoir désormais connaître la description nuancée susceptible de préluder à son intégration dans le discours de l’école, à tous les niveaux, en commençant bien sûr par celui de l’Université où, quand on la risque, on ne sort guère encore — sous l’effet d’un héritage idéologique dont la conscience n’est pas toujours claire — de l’aspect anecdotique, alors qu’il s’agit de questionner des clivages profonds et essentiels.
Le temps nous offrant une prise de distance toujours nécessaire, il s’agirait de mener une réflexion qui nous permette de souligner le fait que les Lumières ne s’installèrent pas de façon aussi aisée qu’on pourrait le penser dans le paysage culturel et politique du temps et que, par ailleurs, leur ancrage y demeura souvent fragile.
Proches parfois, et plus qu’il n’y paraît, – il a déjà été possible d’étudier, à Toulouse en 2006, le cas de Le Franc de Pompignan, lors d’un colloque demeuré inédit –, les Philosophes (auxquels on dénia longtemps ce nom) et leurs adversaires se livrèrent une interminable guère de publications pour tenter de manipuler une opinion lente à prendre parti pour l’un ou l’autre des deux camps…
Les anti-Lumières, ennemis mais parfois pourtant proches des Lumières, ont été en très grande partie effacés de l’histoire littéraire. Pourtant, ils ont produit toute une littérature d’idées qui parfois compose avec celle des Lumières, souvent s’y oppose avec vigueur ; qui subit aussi son influence en terme d’argumentation, ou qui s’en empare avec habileté, que ce soit sur le plan des idées (pensons à Rousseau qui fut abondamment instrumentalisé par la littérature apologiste et aux tentatives nombreuses, sans doute même vues avec sympathie par l’auteur lui-même, de présenter, dès les années 1760, un « Voltaire chrétien » appelé à une longue destinée éditoriale pendant la première moitié du XIXe siècle), ou sur le plan lexical (la littérature apologiste sut faire un très bon profit de bien des mots favoris des Lumières). Dans cette lutte idéologique, qui s’incarne en Voltaire mais ne se limite évidemment pas à sa figure majeure, chacun des apologistes, du plus modéré (l’abbé Trublet) au plus enthousiaste (l’abbé Lambert), tient bien son rang dans l’opinion publique. La plupart sont érudits, sont au fait de l’actualité littéraire et scientifique, écrivent dans les gazettes et journaux, ont souvent une fonction éminente dans le monde des Belles-Lettres, sont parfois des plumes de talent (Fréron, Palissot), deviennent d’autres fois académiciens (Pompignan, Brienne, Trublet…), fréquentent les mêmes salons, sont même étonnamment proches des Philosophes, en épousent certaines idées (Brienne), finissent par devenir des transfuges d’un camp ou d’un autre.
Brienne (1727-1794), évêque de Condom puis archevêque de Toulouse, est l’exemple même de l’ecclésiastique proche des Lumières – il était ami de Turgot et de d’Alembert –, dont l’action sur le plan religieux parut de peu de zèle, au point que l’opinion baptisa Antimoine celui qui fut au coeur de la Commission des Réguliers, et qui louvoya sans cesse entre les deux univers, sans perdre pour autant de vue une restauration de l’Eglise bien plus que la destruction qu’on eut tendance à lui imputer parfois. C’est à partir de cette figure complexe et emblématique, se situant entre philosophie des Lumières et apologistes chrétiens, que nous nous proposons d’éclairer la dialectique permanente entre eux et que nous efforcerons de revisiter l’histoire littéraire du XVIIIe siècle, ou du moins d’en explorer l’envers.
Car si la frontière entre les Lumières et les anti-Lumières fut parfois grande, d’autres fois il n’en fut rien ; la fréquentation des hommes et des textes fit naître une véritable dispute, au sens ancien du mot ; fit naître aussi tout un pan de littérature encore mal exploré. Romans édifiants opposés aux idées des Lumières, essais apologétiques ou philosophiques contre les Lumières, poésies religieuses ouvertement apologétiques, et même pièces de théâtre ridiculisant les Philosophes (Palissot) trouvaient leur lectorat, parfois plus facilement que les ouvrages des plumes, fameuses ou non, de la Secte.
Depuis une vingtaine d’années, de riches travaux ont mis en perspective cette histoire. Ils verront un aboutissement majeur dans le Dictionnaire des anti-Lumières, dirigé par Didier Masseau (Prof. émérite de l’Univ. de Tours), qui sera publié chez Champion prochainement. Notre problématique, s’inscrivant dans la continuité de ces travaux, a l’objectif d’interroger cette littérature et de réfléchir à la place à lui donner éventuellement dans une histoire littéraire renouvelée pour souligner plus justement le progrès des Lumières, et la dimension de ce contre quoi les philosophes estimèrent devoir lutter.