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Au rebut : la littérature aux prises avec le résiduel,

du 13 octobre 2015 au 28 février 2016

Cet appel s'inscrit dans le cadre de la Journée des doctorant-es et jeunes chercheur-ses ELH, prévue le 1er avril 2016

date limite de réponse, 28 février 2016
La journée d’étude s’adresse aux doctorant-es de l’équipe ELH. Les propositions de communication devront être envoyées au comité d’organisation : jedelh@hotmail.com

Comité d’organisation de la journée d’études
BENTOLILA-FANON Lauren - LABORIE Laura - LOURDOU Louise - MAIGNAN Étienne - MATISSON Vivien - NASSAR Janis - SOULA Théo

Présentation de l'argumentaire


 

Déchets, restes, résidus…, l’actualité nous rappelle l’importance de ce qui s’accumule dans les marges et dont la vive prolifération représente un défi pour l’être humain. Le thème du déchet ne cesse de susciter la réflexion : les sciences de la matière se penchent sur les problèmes engendrés par les déchets nucléaires tandis que l’art du XXème siècle accorde une suprématie aux trouvailles issues du dépotoir. La littérature n’est pas en reste, et semble accorder une place privilégiée à ce motif ; utiliser, agrémenter et accommoder les restes pourraient bien être une gageure scripturale.

    Réfléchir au résiduel à travers les notions de « détritus » et de « déchet » nous invite à considérer la matière informe, chaos originel évoquant les débuts ou sécrétions finales résultant d’un long processus de dégradation. Indécision entre un commencement et une fin qui révèle un indicible. L’intérêt des auteur-es modernes et contemporain-es pour l’amas indifférencié signe un goût pour l’élémentaire répondant à une pensée pré-rationnelle.

    Le detritus latin ne signifie pas seulement « broyé » mais aussi « usé », on comprend qu’il n’est pas anéantissement univoque de la forme puisqu’il a enregistré le passé et le raconte à travers ses stigmates ; en effet, le temps s’est imprimé sur les objets dégradés. L’esthétique des ruines propre à l’époque romantique privilégie le fragmentaire et les restes à travers un mouvement de sublimation : le reliquat cristallise le pouvoir des traces et interroge le résiduel par transfiguration. On atteint ici la profonde ambivalence du résidu ; d’un côté, il est à l’image du détritus, impropre à l’utilisation, victime de rejet du fait de son incomplétude, de l’autre, il est valorisé et incite au recyclage en éveillant des élans démiurgiques ; ces deux pans antagonistes font écho aux analyses menées par Julia Kristeva dans Les Pouvoirs de l’horreur (1980) sur « l’abjection » à la fois source de répulsion et de désir. Le déchet en étant « ce qui tombe d’une matière que l’on travaille [1]» implique l’idée d’une chute, d’un avilissement : s’en écarter témoignerait moins de notre souci de l’hygiène que de notre respect des conventions. La propreté suggère une saisie organisée du monde tandis que le résidu sème le désordre et questionne notre conception de la saleté.   

    Depuis Baudelaire, l’attraction pour ce qui répugne est source de plaisir esthétique. Dans le projet d’épilogue pour la seconde édition des Fleurs du mal, le poète écrit : « Tu m’as donné de [l]a boue et j’en ai fait de l’or ». Le déchet est magnifié en étant l’objet d’une récupération artistique qui bouleverse les canons du Beau. Plaisir d’esthète ? Certainement. Néanmoins, lorsque Pascal Quignard constate la profonde affinité de l’entreprise littéraire avec ce qu’il nomme les sordidissima, « les mots les plus vils, [les] choses les plus basses et [les] thèmes les plus inégaux [2]», il ressuscite le « bas corporel » cher à Bakhtine qui s’illustre dans la verve rabelaisienne s’inspirant du comique populaire de la farce. Le peuple aurait quelques prédilections pour l’ordure, et son langage, que les écrivains illustrent en jouant sur l’oralité, s’introduit progressivement dans la voix narrative : le langage populaire, un déchet à manipuler « avec des pincettes » afin de ne pas altérer la pureté de la langue française selon les défenseur-ses de l’idéal classique. Au-delà de la langue, la société organise elle-même une mise au rebut au travers de figures anomales et anormales qu'une certaine littérature réhabilite. Ainsi, les écrivain-es n’hésitent pas à user de la dichotomie entre pureté et souillure pour appréhender les êtres et les mots ; peut-on penser que la littérature remue, amasse, ou déblaye avec entrain ce qui nous excède ?

Notes :

[1] Trésor de la langue française [en ligne].
[2] Pascal Quignard, Albucius, Paris, Livre de poche, « Biblio », 2001, p. 37.

Quelques pistes de réflexion indicatives :

Aspect thématique et poétique :

- Le déchet représenté par des personnages (le criminel, le bandit, l’idiot, le fou, le monstre) ou par des éléments putrescibles (charogne, cadavre, excréments…) ; le rebut, métaphore et moteur d’écriture. Comment l’écriture parvient-elle à dire ce qui, par essence, gêne, dérange ?

- Sublimation du résiduel à travers le prisme des ruines. 

Aspect stylistique

- Conception de la langue à travers le motif du déchet et du sale. 

- Place de l’ornement, de la fioriture au sein du style. 

- Réflexion autour de l’écriture blanche. La ponctuation dans un texte peut-elle être perçue comme un résidu ? 

Aspect génétique et formel :

- Étude des brouillons ou manuscrits d'écrivain-es ; place des variantes.

- Réhabilitation des différentes versions d’un texte : se confronter aux déchets scripturaux, ratures et autres biffures.

- Place des errata et des coquilles.




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